L'Écotourisme en Gironde

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Aulne glutineux

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Nom commun : 

Aulne glutineux

Nom latin : 

Aulnus glutinosa

Autres noms : 

Aulne rouge, aune, aunette, anois, vergne, verne, aulne noir, vargne, quinquina indigène, bargnasse, bern ou ber (dans notre Sud-Ouest)

Famille : 

Bétulacées

Origine : 

Europe tempérée

Taille : 

20 à 25 m

Description


Il existe une trentaine d'espèces d'aulnes, réparties dans l'hémisphère nord et en Amérique du Sud. Naguère, le mot aulne était surtout employé au nord d'une ligne Nantes-Belfort. On l'appelait verne ou vergne au sud de la France, ber dans notre région Aquitaine, gwern à l'ouest d'une ligne Vannes-Paimpol. On recense une centaine d'appellations différentes. Bien des noms propres reflètent ses différentes dénominations et son omniprésence. Mieux, de tous les arbres, c'est celui qui en a donné le plus grand nombre (alors que chênes, hêtres, châtaigniers, pins sont bien plus courants): Aulnay, Lavergne, Les vergnes, Verneuil, Vernier, Vernay, (Jules) Verne, Delaunay (gouverneur de la Bastille), Vergniaux (chef des Girondins sous la révolution), (Henri) Duvernois (écrivain du XIXe siècle) et même Aulnoy-sous-Auneau... A l'entrée du Bassin d'Arcachon, le banc du Bernet (bern en gascon)correspondrait à une forêt engloutie d'aulnes.
L'AULNE GLUTINEUX est le plus répandu de nos aulnes. Si personne ne sait d'où vient le mot aulne, le qualificatif de glutineux, lui, se justifie par la viscosité de ses bourgeons brun violâtre, de la face inférieure de ses jeunes feuilles et de ses jeunes rameaux glabres: touchez-les pour apprécier leur aspect poisseux, assez gluant! Le bourgeon terminal bien développé n'avorte pas: l'axe porteur grandit donc continuellement à partir de son bourgeons terminal (ramification monopodiale). Légèrement pédonculés, les bourgeons (de couleur brun-violet en hiver) sont recouverts de trois écailles dont l'externe embrasse les deux autres, donnant l'impression à l'observateur inattentif d'avoir une seule écaille. Il pousse lentement (contrairement à l'aulne de Corse) et presque jamais en grands peuplements purs (besoin de lumière). Jeune, sa silhouette élancée, pointue et conique le trahit: le tronc s'élance très droit et d'un seul jet. Un véritable épicéa sans les aiguilles! Puis, en vieillissant, la silhouette de son feuillage (peu dense) devient une voûte conique car ses branches poussent à l'horizontale. Dans sa prime enfance, l'écorce est lisse, brillante et brun verdâtre. Âgée, elle devient rugueuse, sombre (d'où le nom d'aulne noir), crevassée: elle se fissure par plaques. La face supérieure des feuilles est plus claire que l'inférieure et porte des poils de couleur rouille à l'angle des nervures. Elle devient coriace avec l'âge. Le feuillage reste vert sur l'arbre jusqu'au moment de la chute des feuilles, tard en l'automne. Les feuilles attirent incontestablement les puces et les tuent: une branche d'aulne placée dans un poulailler débarrasse celui-ci de ses parasites. Les feuilles sèches peuvent servir de nourriture aux chevaux en hiver. Elles font un bon compost.
Comme chez ses cousins (le bouleau et le noisetier), les chatons mâles (longs et pendants; les parties roses ou violettes sont les 4 étamines de chaque fleur) et femelles (chatons courts, ovoïdes sans orientation définie) coexistent sur le même arbre. Ils se développent dès l'automne. C'est l'une des premières floraisons anémophiles (fécondation par le vent en février) de l'année civile, longtemps avant sa feuillaison. Les femelles verdissent et grossissent durant l'été suivant et ce n'est qu'en octobre que les écailles tombent après la maturation du fruit. On reconnait l'aulne à ses "cônes" (strobiles) qui ont l'apparence de ceux des cyprès ou à de minuscules pommes de pin. Comme les pommes de pins, les écailles se resserrent par temps humide et s'écartent par temps sec. Ils persistent pendants deux ans sur l'arbre. La majorité des fruits, aplatis et brun-rougeâtres, est dispersée au printemps suivant: ils flottent dans l'air pendant un mois car les graines sont bordées d'un tissu rempli d'air. Leur légèreté est vraiment étonnante: il en faut plus de 700000 pour en faire un kilogramme! La graine flotte aussi sur l'eau grâce à sa petite bouée! des strobiles, on tirait autrefois une encre bleue... et une teinture noire de l'écorce.
A l'automne, sur un même arbre, on peut voir simultanément trois générations de chatons: les plus vieux (noirs, lignifiés, ayant perdus leurs graines), les verts (non mûrs) et de minuscules chatons femelles.
Pour se défendre contre la galéruque (insecte capable de dévaster tout le feuillage), l'aulne réagit en émettant des toxines, mais cela demande un certain délai. Pour accélérer la riposte, les aulnes fonctionnent en réseau: l'aulne qui est attaqué émet, dans l'air, des substances chimiques qui avertissent ses voisins de l'imminence du danger et ils ont ainsi le temps de préparer à l'avance leur arsenal biochimique pour se protéger avant l'arrivée des galéruques.
Essence de lumière très rustique (- 17°), c'est un pionnier utilisé pour reboiser les terres incultes. Les sourciers savent qu'il aime pousser à proximité d'une nappe phréatique (dans les zones humides). Dans les marécages, l'aulne est monté sur des échasses: ce sont des racines accessoires naissant en hauteur, au niveau du tronc. Les berges des ruisseaux sont maintenues grâce à son système racinaire profond. Ses racines hébergent des nodosités de la dimension d'un poing (!) qui contiennent des actinomycètes (bactéries ayant l'aspect de champignons microscopiques) et le mycélium du champignon Frankia alni qui fixe l'azote de l'air en le transformant en nitrate: une aulnaie d'un hectare apporterait le sol de 60 à 200 kg d'azote chaque année. C'est donc l'un des rares arbres ayant la politesse de laisser à sa mort un sol plus riche qu'il ne l'avait trouvé à sa naissance! C'est une essence doublement améliorante car elle assainit les sols humides par évapotranspiration, préparant ainsi l'installation d'un cortège de nouvelles plantes pionnières. L'aulne partage avec le frêne à feuilles étroites une adaptation de ses racines (racines-branchies) aux berges inondées, ayant des fonctions semblables aux racines-poumons des palétuviers. On l'utilise aussi pour lutter contre l'érosion: ses haies denses fixent les berges, les digues et les pentes des montagnes grâce à les nombreux rejets de souche et leurs réseaux racinaires (où se réfugient écrevisses et poissons).
Dans la Mythologie grecque, l'arbre est dédié à Cronos (dieu des morts): il symbolisait la vie après la mort. Le bois (normalement blanc jaunâtre au moment de l'abattage), lorsqu'il est coupé ou fendu, va -en quelques heures- se colorer en rouge-brique vif au contact de l'air, puis cela s'atténuera par séchage (teinte rose). Dans la grisaille hivernale, cela donne un sentiment de carnage assez sinistre. Aussi, ne faut-il pas s'étonner que cela ait donné naissance à des superstitions (chez les germaniques) liées aux saignements et à la mort. D'autant plus que son bois a servi à édifier des gibets (cf "Le roi des aulnes" de Goethe et Schubert). De même, des taches brun sombre dans le bois (appelées "taches de moelle") trahissent les attaques d'une mouche.
Son bois pourrit vite à l'air libre, mais il est imputrescible et durcit dans l'eau (comme le chêne); aussi, l'utilise-t-on pour réaliser des roues de moulins et des pilotis notamment des ponts (Venise, Ravenne, Londres) éventuellement associés à l'orme. Pour les mêmes raisons, on en faisait des corps de pompe et des tuyaux jusqu'au XIXe siècle. Il sert à imiter certains bois précieux car on peut facilement le polir et le teindre (simili-ébène avec la teinture noire). On le reconnait sans peine à ses longues maillures, peu nombreuses, et aux taches rouges ou brun sombre crées par l'attaque de la mouche (voir ci-dessus) parallèles aux couches annuelles. Les autres caractéristiques du bois d'aulne sont: sa légèreté (densité de 0,5), sa tendresse, sa douceur, son homogénéité et hélas une tendance à se fendre (à la fois fragile et cassant). Son utilisation (guitare, flûte et sifflets, sabot, sculpture, ustensiles de table, échelle) fut abandonnée car il est considéré comme de peu de valeur et sa conservation nécessite un apprêt (enfumage, encirage, engraissage). C'est un excellent bois pour fumer le poisson et la viande. Comme il brûle très vite (il faut sans arrêt recharger le feu) en dégageant beaucoup de chaleur et peu de fumée, c'était un combustible apprécié des verriers, des chaufourniers et surtout des boulangers (qui utilisaient aussi le bouleau). Jadis, chez les Lapons, les racines étaient mâchées et la salive était ensuite étalée sur les peaux pour les tanner et les teindre en rouge! L'écorce sert aussi à tanner les cuirs et elle fournit une belle teinture grise ou rouge. En la laissant macérer avec des sels ferreux (comme pour les noix de galles: voir la fiche "chêne"), les chapeliers médiévaux obtenaient une couleur noire pour teindre leur feutre. Les Amérindiens l'utilisaient pour confectionner leurs canots d'écorce.
Tous les aulnes se reproduisent facilement par boutures: en enterrant horizontalement une branche de 2 à 3 m de long à 10 cm de profondeur dans un sol humide, il apparait rapidement plusieurs aulnillons que l'on peut séparer au bout de quelques mois. L'année suivante, il faudra les couper pour renforcer leur vigueur. L'aulne est ordinairement traité en taillis: on le coupe tous les 25 - 30 ans. En recommençant ainsi périodiquement, on obtient des cépées c'est-à-dire un bouquet d'arbres disposés en cercle autour de(ou des) la défunte(s) souche(s) dont le diamètre s'accroit progressivement. On cite le record d'un cercle de 7 m de diamètre autour duquel se pressaient onze troncs rectilignes de 24 m de hauteur.
En hiver, les aulnes attirent les tarins des aulnes des pays scandinaves, de l'Allemagne et de Russie qui viennent gober leurs graines, passant de rivière en rivière ou en lac. Observez-les: spectacle amusant garanti! Chose curieuse, dans sa zone de nidification, les tarins se nourrissent de graines d'épicéa (et non pas d'aulnes).
Renseignements complémentaires: voir la revue La Hulotte n° 51 et 52.

AULNE GLUTINEUX OU AULNE BLANC?
L'aulne glutineux se trouve dans toute la France, alors que l'aulne blanc ne se rencontre que dans les Alpes, le Jura et l'Alsace. Pour distinguer les deux principaux aulnes à partir de leurs chatons femelles, sachez que ceux de l'aulne glutineux ont un très long pédoncule, alors que ceux de l'aulne blanc (ou aulne gris) sont très brièvement pédonculés.
La feuille arrondie (et un peu tronquée au sommet) de l'aulne glutineux permet de le distinguer des autres espèces d'aulnes poussant en France. La feuille de l'AULNE BLANC Alnus incana (ou aulne de montagne ou aulne gris car cette feuille a un revers blanc grisâtre ou finement feutrée), un montagnard spontané dans le Jura et les Alpes, est moins arrondie que celle de l'aulne glutineux: elle est sensiblement plus longue que large. Elle est à double dentelure et elle se termine en pointe au bout. Les rameaux de l'aulne blanc sont pubescents et gris. L'écorce est claire (gris vert) et lisse, puis se craquelle et s'argente. Le bois de l'aulne blanc ne rougit pas au contact de l'air. L'aulne glutineux est bien plus petit que l'aulne blanc.

L'AULNE DE CORSE Alnus cordata (ou aulne à feuilles en coeur): Au Jardin Public de Bordeaux, on peut admirer de beaux aulnes de Corse, très prisé des horticulteurs et des forestiers. Au jardin botanique de Talence (Parc Peixotto), on peut voir plusieurs aulnes cordés, dont un se trouve à côté d'un aulne glutineux, près de la pièce d'eau, mais inaccessible à une extrémité de l'enclos pharmaceutique. En Corse, c'est un rival du châtaignier dans les zones humides. Son fruit est gros comme une noix!

L'AULNE VERT Alnus viridis (1 à 5 m): cet arbuste de montagne croît sur les éboulis calcaires. Il est moins exigeant sur l'humidité du sol puisqu'il pousse sur des terres plutôt sèches (et pauvres) dans la mesure où la pluviométrie est suffisante. Avec ses branches étalés et par son enracinement profond, il contribue modestement à lutter contre l'érosion et les avalanches. Il est très rustique (- 20°) et il croit rapidement.
Une espèce voisine l'AULNE PARFUMÉ Alnus suaveolens, endémique à la Corse, se caractérise surtout par ses feuilles odorantes.

Ne pas confondre avec l'aulne noir, autre nom de la bourdaine.

Application en phytothérapie


Ne pas utiliser de récipient en fer. L'écorce (jusqu'à 20% de tanin) des jeunes rameaux a des propriétés fébrifuges, d'où son surnom de "quinquina indigène". Un bain de feuilles d'aulne préalablement passées au four est resté un remède populaire efficace contre les rhumatismes: on en "fait un grand lit pour s'y coucher tout nu et provoquer la sueur" (Darluc; histoire naturelle de Provence tome 1). Une autre méthode est de glisser les feuilles dans les édredons! Placé deux à trois fois par jour sur la poitrine, le cataplasme de feuilles fraiches et chaudes (les passer au four jusqu'à ce qu'elles commencent à perdre leur eau) combat efficacement les engorgements des seins et tarit le lait. Le cataplasme de feuilles fraîches (en février) cicatriserait aussi les ulcères. Les feuilles d'aulne glutineux glissées dans les chaussures des randonneurs apportent bienfaits et réconfort!


Les recettes de cuisine


Bouillies dans deux eaux successives, les chatons mâles moulues seraient, parait-il, mangées par les Polonais.
Toutes les informations culinaires ou phytothérapeutiques ne sont données qu'à titre indicatif.
Merci de consulter un professionnel de la santé avant toute utilisation.