L'Écotourisme en Gironde

Entrer le nom d'une plante :

Chêne

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Nom commun : 

Chêne

Nom latin : 

Quercus

Famille : 

Fagacées

Origine : 

Europe

Taille : 

jusqu'à 25 m de haut

Description


GÉNÉRALITÉS
Nous avons plaisir à nous reposer sous son ombrage, le dos appuyé contre le tronc, pour prendre conscience que, dans notre pays, il n'existe pas d'arbre plus chargé de symboles: majesté, longévité, sagesse, justice, force. Ne dit-on pas "solide comme un chêne"? Quand l'amoureux de la nature entre en communion avec un chêne vénérable, un dialogue ne tarde pas s'instaurer... N'a-t-il pas toujours été un intermédiaire entre la terre des hommes et le monde divin des cieux? Des oracles de Dodone au message du Dieu Yahvé pour Abraham en passant par les réunions de druides, le chêne est toujours un intermédiaire présent.
Jadis, les chênaies étaient le siège d'une intense activité: bucherons (bois pour les pieux des cités lacustres, puis pour la marine, charpente, tonneaux, meubles), ermites, chasseurs, charbonniers (fabrication de charbon de bois pour approvisionner les forges et les poteries), tanneurs (chêne cuve de la forêt de Bretonne, en Seine Maritime), bergers (porcs), glaneurs (champignons, noix de galle pour réaliser l'encre) et même refuge pour les brigands. En France, les chênaies représentent 40% de nos arbres et 70% des feuillus: 31% de pédonculés (Sud-Ouest, Ouest, Centre-ouest), 23% de sessiles (Centre, Val de Loire, Bourgogne), 11% de pubescents (Aquitaine), 5% de chênes verts (Roussillon, Provence) et 1% de chêne-liège..
Les chênes sont parfois divisés en deux catégories: les chênes blancs (feuilles à lobes arrondies et à glands comestibles) et les chênes rouges (à lobes pointues et à glands âcres murissant en deux ans).
Ce sont des espèces pionnières car ils ne supportent pas la concurrence des autres plantes: ainsi, la cohabitation chêne-hêtre finit toujours, à long terme, par tourner à l'avantage du hêtre, d'où la nécessaire intervention des forestiers pour maintenir un équilibre. Parmi les arbres indigènes, ce sont eux qui ont la plus grande longévité (800 ans) et qui abritent la plus grande biodiversité: tels des immeubles, ils assurent, à tous les étages, l'hospitalité à des milliers de générations d'animaux, de plantes, de champignons... Même morts, ils continuent à procurer à de nombreuses espèces nourriture et protection. Notre histoire et notre culture européenne (celte, goth, romaine, germanique) sont étroitement liés aux chênes. Le chêne étant rarement touché par la foudre, il était dédié au dieu du tonnerre (Zeus, Jupiter, Donar suivant les civilisations). Les Gaulois l'adoraient car il était le trait d'union entre les esprits invisibles et la Nature visible (y compris parfois sous forme de sacrifices). Comme il existe fort peu de chênes à gui (en France, nous n'en connaissons que deux: à Chaux et à Montargis), les druides ont popularisé les chênes à gui comme lieu de culte. Le gui, récolté avec une serpe d'or (voir l'album d'Astérix!!), était censé posséder les puissances vivantes de l'arbre. A Dodonne (Epire), se trouvait le plus vieux sanctuaire grec avec ses chênes parlants. L'un d'eux, particulièrement prolixe avec Ulysse, donnait des oracles: des prêtresses et des devins (aux pieds non lavés!) interprétaient le bruissement du feuillage, parfois amplifié par des amphores. La Toison d'Or pendait à ses branches. Hercule y tailla sa massue. En ces temps crédules où l'on croyait que le chêne (Drys en grec) abritait des dryades et leurs soeurs (les hamadryades), abattre un chêne sans l'autorisation des prêtres était puni de mort! En Gaule, pour convaincre ses soldats de s'armer de cognées en chêne, Jules César dut se charger lui même du sacrilège d'abattre un chêne! Dans l'Antiquité, les guerriers étaient couronnées par des rameaux feuillés de chêne qu'on retrouve de nos jours, sur les képis de nos généraux. Yahvé parla à Abraham aux chênes de Mamré. Les rois francs dont Saint-Louis rendaient la justice sous son ombre, profitant de la sagesse transmise par l'aura de l'arbre (symbole de la droiture morale et de la justice). D'ailleurs, de nombreuses communes françaises prétendent détenir un chêne de Saint-Louis! C'est également sous un chêne que Jeanne d'Arc entendit les voix lui demandant de libérer la France. Les champs de la Beauce étaient jadis d'immenses chênaies avant les grands déboisements réalisés par les moines défricheurs.
Le chêne n'est pas seulement un donneur de bois, de glands et de remède, il nous a aussi toujours impressionné par sa force, son apparente éternité et ses supposés pouvoirs cachés. Ainsi, à Sainte-Baume (Provence), pour avoir un enfant, les jeunes époux devaient embrasser un chêne en invoquant Sainte-Madeleine. Hélas, un seul arbre de cette forêt pouvait exaucer le voeu! Comme ça, si cela ne marchait pas, la tradition folklorique prétendait que ce n'était pas le bon chêne qui avait été sollicité!! Aujourd'hui, les mythes se sont éteints, les fées se sont envolées... Mais, il suffit que le plus rationnel des hommes pénètre la nuit dans une chênaie pour que les vieilles peurs des esprits tapis dans l'obscurité réapparaissent! Les chênes ont permis la découverte de l'Amérique, l'élévation vers les cieux des cathédrales, la conservation des meilleurs vins, l'avancée des chemins de fer. Et il peut toujours contribuer à l'ébauche d'une certaine forme de spiritualité à un moment où réapparait un certain sentiment de retour à la nature.
A l'état frais, son bois est facile à travailler. Puis, il se durcit en prenant de l'âge: il est même le plus dur et le plus durables des bois européens. Même à l'ère de l'acier, on l'utilise toujours dans la tonnellerie (pour ses tannins) et pour les constructions car il symbolise la force et la résistance (jadis, pièce maitresse des charpentes des maisons landaises comme le montre l'Écomusée de Marquèze). Le bois supporte les immersions (portes des écluses), les alternances d'humidité et de sécheresse, les embruns salés. Il résiste aux impacts (parquet). Jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale, il fut un combustible très prisé (chauffage, source d'énergie) du fait de son haut pouvoir calorifique, mais il a l'inconvénient de pétiller et d'exiger du tirage. A l'origine, la fameuse bûche de Noël était en chêne: elle symbolise l'époque où le seigneurs autorisaient la population à prélever du bois de chauffage sur ses terres à l'occasion de l'anniversaire de la naissance du Christ.
Les plus belles forêts de chênes (Tronçais dans l'Allier, Bercé dans la Sarthe) datent de Colbert qui avait ordonné leurs plantations pour fabriquer des navires (Grande Réformation des forêts du domaine, en 1661). Le chêne avec ses branches courbées, son imputrescibilité et ses qualités mécaniques est adapté aux constructions navales. Savez-vous qu'il fallait environ 2000 troncs de chêne pour fabriquer un gros navire de ligne sous Colbert? Le chêne est tellement omniprésent qu'on retrouve ses traces dans la toponymie et dans les patronymes à partir de ses différents noms latin, gaulois ou locaux: quercus (Quesnoy, Arquenay, Le Quesne, Queneau, Duquesne), chasne (Chesnoy, le Chesnay, Channoz), cassano (Cassagne, Casseneuil, Ducasse), aritz (Aries, Harispe, Aristegui), blache (Blacon, Blachère, Blache), der (lac du Der, derbières), eike (Eske, Hecque, Eckloo).
En même temps qu'il se feuille, il fleurit en mai: si les chatons pendants et jaunâtres de la fleur mâle sont bien visibles, essayer de trouver le point rouge de l'insignifiante fleur femelle: cachée à l'extrémité des jeunes pousses, c'est de là que jaillira le futur gland. C'est le vent qui se charge de la pollinisation. Un chêne ne commencer à produire qu'au bout de 60 - 80 ans (en fonction de sa croissance). Les très bonnes années, un arbre fournit jusqu'à 50000 glands! Jadis, en Périgord, une des façons de mesurer la valeur d'une chênaie était d'estimer le nombre de porcs que les glandées pouvaient nourrir. Le gland est à la fois le symbole de la virilité (gland, glandes) et du sein maternel.
Les glands tombent à l'automne et germent si l'humidité est suffisante et constante, mais la feuille attendra le printemps pour apparaitre.
Son écorce servait autrefois au tannage. Du fait de sa forte concentration en tannin, les peaux sont rendus imputrescibles. Et naturellement, le bois est, lui aussi, imputrescible: l'eau qui pourrit la plupart des autres bois européens durcit le chêne, d'où son emploi privilégié lorsque le bois est soumis à une forte humidité (soubassement de pile de pont comme le Pont de Pierre à Bordeaux, navires). Lors de nos stages, le chêne est l'une de nos plantes préférées pour initier les participants à la dendrochronologie. Avec les noix de galles (appelées "imoines" dans le Poitou) riches en tanins mélangées avec du sulfate de fer, on fabriquait une encre noire. C'est pour cela qu'il ne faut pas utiliser de casserole en fer lorsqu'on cuit une plante riche en tanin! Dans les campagnes, les enfants réalisaient autrefois des billes (souvenir personnel!), de petites toupies en perforant les galles ou un demi-gland d'une allumette. Ils les enfilaient aussi pour en faire des colliers (Cynips kollari). Pour ceux qui souhaitent identifier les diverses galles des chênes, consulter le site: http://aramel.free.fr/INSECTES40bis%27.shtml. Voici un autre site (très complet et bien illustré) sur les galles en général:liboupat2.free.fr/Galles/galles.htm
Avez-vous vu des galles sautiller en octobre? En fait, il s'agit de Neuroterus saliens qui est enfermé dedans. Cette larve en se contractant et en se détendant imprime ces mouvements, cachée dans son abri végétal, afin de détacher la galle de l'arbre et l'amener dans un creux u sol où l'insecte pourra se transformer à l'abri des prédateurs.
Dans le monde, on compte environ 500 espèces de chênes. Huit d'entre elles sont indigènes en France et environ 25 importés. Les reconnaitre tous serait difficile, mais nous allons vous permettre d'identifier les espèces les plus courantes qu'on trouve en France.

LES CHÊNES VISIBLES EN FRANCE
La vedette et le chef de cette famille dans notre région est le chêne pédonculé ou chêne commun QUERCUS ROBUR ou QUERCUS PEDONCULATA (30 m) à tel point qu'on se contente de dire "le chêne": on l'appelle "cassagne" dans le sud et le Centre de la France, "gravelin, caisne, châgne" dans le Nord ou l'Ouest. D'autres noms entrainent des confusions avec d'autres espèces de chênes: chêne mâle, chêne femelle, chêne blanc. Cet arbre référence appartient à l'aristocratie forestière. C'est d'ailleurs en fûts de chênes que s'anoblissent certains des meilleurs vins (cognac). Il marque les grands parcs privés du XVIIIe siècle (jardin à l'anglaise) et les carrefours: forêt, centre de village. c'est aussi l'arbre des bocages (haies mixtes dites "limousines") et des bosquets. C'est lui qu'on trouve habituellement planté tout seul au milieu d'une pâture: il est alors moins élevé qu'en forêt. Caractéristique des conditions des plaines atlantiques, il recherche les stations fraiches en terrain siliceux et il pousse un peu partout, excepté en montagne et sur le pourtour méditerranéen. Dans notre département girondin, sa présence est quasi-systématique et spontanée au milieu des pins dans les zones héliophiles et thermophiles favorables à sa croissance, en terrains riches et mal drainés. Il est donc prédominant au Pays basque et dans les Landes. Bourdaine, germandrée scorodoine, chèvrefeuille des bois, parfois alisier torminal sont ses compagnons habituels, ainsi que les autres chênes, le charme et le frêne.
Amateur de terrains humides, il est sensible à la sécheresse (besoin de 900 à 1000 mm d'eau par an): il supporte même provisoirement l'excès d'humidité. Il craint les gelées tardives qui diminuent sa fructification. Il a besoin de 1800 h de soleil par an. Les vieux exemplaires hébergent dans leur bois les larves de capricorne (4 ans pour se développer), protégées par la loi. En été, le feuillage peut être attaqué par les chenilles velues de la processionnaire du chêne. Le chêne pédonculé (avec l'écorce grise et non marron comme chez le sessile) se distingue par sa couronne irrégulière quand il est isolé (ovoïde chez le sessile), ses glands montés sur un pédoncule beaucoup plus long que le pétiole des feuilles, alors que les feuilles adultes glabres (contrairement au C. pubescent), elles, sont sans pétiole ou avec un pétiole très court et 5 paires de lobes profondément arrondis et des oreillettes à la base. La ramification du pédonculé suffit pour le différencier du sessile: la cime d'un vieil arbre est formée de grosses branches plusieurs fois coudées, contournées, comportant des rameaux courts et rapprochés, sans beaucoup de branches intermédiaires. Le feuillage est constitué de touffes inégalement réparties entre lesquelles des trouées laissent voir le ciel. Comme son couvert est peu dense (contrairement à la hêtraie), le sol de cette chênaie abrite des arbrisseaux (noisetier, chèvrefeuille L. periclymenum), lierre, ronce, jacinthe des bois, anémone sylvie, primevère, jonquille, muguet, lamier galéobdolon, fougères, polypode et ail des ours (si humidité)... Très exigeant en lumière, il préfère pousser isolément. La croissance du pédonculé est assez lente: sa circonférence augmente de 2 cm par an vers l'âge de 30 ans et de 1 cm par an vers 100 ans. Le chêne pédonculé s'hybride facilement avec le chêne noir (chêne sessile) Quercus petraea (voir plus loin) et les deux espèces sont alors difficiles à déterminer du fait de caractères mixtes. Ils fleurissent en mai (chatons mâles pendants; chatons femelles enfermées dans une cupule). Ils donnent des glands (parfois rayés!) dont un tiers est enchâssé dans une cupule.
Pour les amateurs de curiosité, le parc Louis David d'Andernos (Gironde) abrite un chêne impressionnant dont une branche court horizontalement sur une vingtaine de mètres à un mètre environ au dessus du sol! En France, le vieux chêne pédonculé le plus connu (1000 ans) est celui d'Alouville-Bellefosse (Seine Maritime): classé monument historique en 1932, ce chêne très dépérissant contient, dans son tronc, une chapelle depuis 1696 (surmontée d'un oratoire). Il a une circonférence de base de 15 m, mais seulement 13 m de haut (la cime, abattue par une tempête au XVIIIe siècle, a été remplacée par un clocheton). Les plus vieux massifs se trouvent dans les grandes forêts domaniales d'Ile de France et de Normandie (Bellême, dans l'Orne: 45 m de haut). Notre pays qui recense pourtant ses vestiges historiques dans le détail néglige les inventaires des vieux arbres.
Le chêne fastigié (ou pyramidal) est une variété en fuseau, comme le peuplier d'Italie): il est utilisé en alignement ou comme point de repère (coin de propriété).
En Saône et en Sologne pousse le chêne de juin, une race (var. tardissima) qui se feuille et fleurit un ou deux mois plus tard. Sa cime est plus élancée, ses ramifications plus régulières offre une ombre plus dense.
Le jardin public de Bordeaux (près d'une entrée secondaire, côté rue d'Aviau) accueille un cultivar aux feuilles très découpées et aux nombreux glands pédonculés minuscules: Quercus robur "Pectinata".
Le chêne le plus vieux de Gironde, encore majestueux et très vigoureux, serait celui de Saint-Aubin-de-Blaye (600 ans; circonférence: près de 6 m): tous les ans, une halte est prévue à cet endroit lors de la randonnée nocturne du 1er juin.
Bibliographie: voir la Hulotte N° 22

Le CHÊNE SESSILE (rouvre, chêne mâle, chêne à trochets, drille, durelin, chêne femelle!) Quercus petrae (au nord de la Loire, Massif central, Pyrénées) est une essence très voisine qui se distingue du pédonculé par un fût plus élancé, très droit d'un seul jet sur une plus grande hauteur (parfois jusqu'à la cime, donc le chêne préféré des forestiers pour son intérêt économique), des branches moins tortueuses, un feuillage réparti plus régulièrement, l'insertion oblique sur le pétiole (3 cm) de la feuille (d'un vert plus foncé), des fleurs femelles (et donc des glands) sans pédoncule, directement fixés sur le rameau(d'où son nom de sessile). La feuille est moins profondément découpée. Ses nervures sur la face inférieure sont légèrement pubescentes. Contrairement au pédonculé, il prospère mieux sur des terrains pauvres et drainés (pentes sableuses). Lorsqu'il croit isolément, le chêne sessile a un tronc plus rectiligne et moins noueux, avec des branches maitresses naissant plus haut que chez le pédonculé (dans les mêmes conditions). Ses branches sont moins coudées, plus nombreuses, plus régulièrement disposés, avec une cime plus dense. Le feuillage parait plus sombre. L'écorce est identique au pédonculé. C'est un chêne essentiellement forestier (rouvraie): c'est donc le chêne des grandes forêts domaniales (Blois, Chinon, Fontainebleau, Orléans, Rambouillet et surtout Tronçais) qui furent choyées par Colbert au temps où la puissance navale était une garantie de gloire d'un royaume. Comme il se régénère plus spontanément que le pédonculé, les forestiers le favorisent au dépens du second. Sa longévité est moins élevée que celle du pédonculé: l'un des plus connus est le chêne des partisans, près de Lamarche (Vosges), vieux de près de 800 ans et une circonférence de 14 m à la base. Comme il préfère les plateaux et les collines à sols siliceux bien drainés, dans notre région Aquitaine, il se rencontre sur la bordure orientale de l'aquitaine landaise jusqu'aux Pyrénées et par places dans le Gers, sur les terrasses supérieures de la Garonne et de l'Ariège. Il est plus abondant entre Garonne et Dordogne, mais il est absent au Pays basque et il évite les sols trop acides des Landes. Le fragon et le sceau de Salomon l'accompagnent. Il aime la compagnie des sapins et surtout des hêtres. Il est d'un tempérament plus frugal à tout point de vue que le pédonculé: moins exigeant en humidité, plus océanique (bien qu'il soit assez absent dans le bassin Aquitain) et plus rustique (donc moins méridional). Amateur de sols meubles (non tassés) et pas trop humides (différence avec le pédonculé), il déteste avoir les pieds dans l'eau. Son tronc fendillé dans sa vieillesse lui donne un air vénérable. L'association la plus typique est avec le charme ou le hêtre, avec un sous-bois de germandrée scorodoine, de fougère aigle et de millepertuis élégant. Comme son bois est moins dur que celui du pédonculé, on l'utilise plutôt pour la menuiserie traditionnelle. Pédonculé et rouvre s'hybrident pour donner des arbres "métis" ayant des caractères mixtes. D'ailleurs, Linné les avait confondu en une même espèce Quercus robur.
Pour différencier les espèces de chênes pédonculés des chênes sessiles en toutes saisons, nous vous conseillons d'aller sur le site: http://crpf-paysdelaloire.fr/sites/default/files/fiches/Distinguer_les_chenes_sessile_et_pedoncule.pdf
Le nom de divers lieux rappelle l'omniprésence du chêne rouvre: Rouvray, Rouvières, Rouveyres. Egalement appelé drille, il a fourni les toponymes: Drouille, Drouillard, Drouilh.

Assez courant dans notre région (car c'est une espèce océanique et poussant sur des sols siliceux et pauvres), le CHÊNE TAUZIN (chêne des Pyrénées, chêne doux, chêne brosse, chêne angoumois, chêne noir des Landes, chêne truffier) Quercus toza ou Quercus pyrenaica ressemble un peu au chêne pubescent. Il a un tronc tortueux à l'écorce noire très crevassée. Ses feuilles caduques et grandes (6-15 x 4-7 cm), arrondies ou auriculées à la base, TRÈS PROFONDÉMENT lobées, couvertes sur les DEUX FACES DE POILS courts, grisâtres et étoilés, sont souvent blanchies par l'oïdium (blanc de chêne provoqué par un champignon parasite Microsphaera quercina) surtout ceux affaiblis par la taille en têtard. Les jeunes pousses sont teintées de rose au printemps. Les glands ont un pédoncule gros et court, avec une cupule pubescente. Son gland ovoïde est enchâssé dans une cupule duveteuse. Il rejette bien de souche: ses racines traçantes sont très drageonnantes, ce qui explique l'aptitude à former des taillis impénétrables. La souche rejette avec beaucoup de vigueur. Ces propriétés font qu'il est utilisé pour fixer les sables et lutter contre l'érosion éolienne dans les Landes. Cette essence est exigeante en lumière, ainsi qu'en air humide et constamment chaud comme le climat atlantique. Il craint les gelées printanières. Dans le Pays Basque, on le taille en têtards. Savez-vous que deux communes girondines tirent leur nom du chêne? En effet, Taussat vient de Tauzin, alors que Cassy vient de « casse », terme désignant une étendue de chênes. Le chêne tauzin contribue à diminuer l'action des parasites, notamment du pin: il accueille les prédateurs du chermès et il émet des substances perturbant les ennemis du pin. Le tauzin s'hybride avec le pédonculé, le sessile et le pubescent. Ce chêne, dit ibéroatlantique, est caractéristique du domaine atlantique en stations siliceuses bien drainées, en climat doux (absence en montagne). Dans notre région du Sud-ouest, il est abondant en Périgord (au nord de la Dordogne) et dans l'Entre-Deux-Mers. Fréquent au Pays basque, il est disséminé dans les Landes et il se raréfie vers l'est et le Nord (quelques stations seulement en Charentes).

Une quatrième espèce à feuilles caduques mérite d'être mentionnée: le CHÊNE PUBESCENT Quercus pubescens, aux dimensions réduites (hauteur inférieure à 25 m) par rapport au pédonculé et au rouvre. Il est ainsi appelé car ses jeunes rameaux et ses feuilles adultes de 6-9 cm (alors qu'elles font plutôt 12 cm chez le chêne pédonculé et le sessile), à pétiole de 5 - 13 mm de long, sont couvertes, au-dessous, de poils courts et mous. En fait, le dessous des feuilles peut rester complètement velues tout l'été que devenir glabres très tôt! Il porte d'autres noms: par exemple, on le nomme paradoxalement chêne blanc (en Provence, à cause du duvet du dessous des feuilles) ou de chêne noir (dans le Périgord, les Charentes et le Sud-Ouest, car son écorce est noir)! C'est une espèce xérophile (subméditerranéen) des endroits chauds, secs et ensoleillés sur calcaire. En France, il ceinture l'aire du chêne vert. On le rencontre dans quelques stations de notre Sud-Ouest: il aime les grands ciels. Il est absent des Landes et du Pays basque, localisé en Gascogne, sur le versant abrupt de la rive droite des vallées. Par contre, il est beaucoup plus fréquent sur toute la bordure de notre région (Angoumois, Champagne charentaise, plateaux et corniches du Blayais, causses aquitaines du Périgord, du Montalbanais et du Quercy. Au sud, on trouve quelques stations localisées dans les vallées pyrénéennes, au Béarn (jusqu'à 800 m d'altitude). Il a un aspect très variable, tant par la taille, la découpe des feuilles (plus ou moins lobées) que la grosseur et la forme de ses fruits. Il se présente souvent sous forme de buisson, poussant en taillis épars. Le feuillage a une teinte entre pâle entre le gris et le vert (du fait de la pubescence). Les feuilles adultes, glabres dessus, sont souvent en coeur à la base. Le gland est courtement pédonculé (presque sessile), assez étroit, aigu, pubescent: plus de la moitié du gland dépasse de la cupule qui est pubescente. C'est un chêne calcicole, à tronc court et tortueux (ainsi que les branches, comme le pédonculé), à cime irrégulière, aux feuilles caduques (mais souvent marescentes), aux bourgeons velus et brun rougeâtre, au bois médiocre (exclusivement utilisé pour le chauffage). Montés sur un pédoncule court, les glands sont parfois petits et presque sphériques, parfois cylindro-coniques, allongés, parfois ovoïdes et gros. La cupule est le plus souvent blanchâtre et pubescente. Tout comme les chênes rouvre et vert, c'est un chêne truffier (Périgord, Vaucluse), probablement le meilleur, mais il faut attendre jusqu'à 20 ans pour une production notable du "diamant noir". Les glands du chêne pubescent sont régulièrement couverts de boules hérissées de pointes: les "galles en casque de lancier" (Dryophanta follii). Ce chêne occupe les sols secs et calcaires de l'Europe du Sud (Entre-Deux-Mers en Gironde) et le Moyen Orient. Il s'hybride avec le pédonculé, le sessile et le chêne vert. Dans notre région, on trouve: la chênaie pubescente à buis (Périgord et Lot-et-Garonne; avec érable de Montpellier et érable champêtre) et des îlots de chênaie pubescente à nerprun alaterne (Entre-Deux-Mers, Dordogne et Lot-et-Garonne; milieu sec favorable au pouillot de Bonelli; sous-bois: chêne sessile, viorne-tin, filaire intermédiaire, corroyère à feuilles de myrte, coronille arbrisseau, violette hérissée, iris fétide, fragon, garance voyageuse). Le sous-bois du chêne pubescent est aussi caractérisé par le troène, le genevrier commun, l'héllébore fétide et la viorne mancienne.

Présentons maintenant nos trois chênes à feuilles persistantes (semi-persistantes serait plus approprié). Bien qu'ils aient tendance à se fendre au séchage, ils sont parmi les plus lourds de nos bois, ainsi que parmi les plus durs (essayez de clouter des sabots en yeuse!) et parmi les plus résistants (pièces des moulins, rouages des bateaux, charronnage). Après un séjour de deux ans dans l'eau, il devient plus dur et a un poli rappelant le marbre.
Contrairement à ceux des chênes à feuilles caduques, certains des glands des chênes à feuilles persistantes sont suffisamment doux pour être comestibles: ils furent même plantés comme "fruitiers" en Afrique du Nord et en Espagne!

Le CHÊNE VERT Quercus ilex (27 m) donne à la région méditerranéenne son éternelle verdure. Il a de jeunes rameaux tomenteux. On l'appelle aussi yeuse, nom qui est à l'origine de certaines légendes (dont la Belle Yeuse: Mélusine). Ses feuilles coriaces, épaisses et PERSISTANTES sont très variables: à dents piquantes chez les jeunes sujets (comme chez le houx), puis devenant lisses avec l'âge. Leur face supérieure est vert sombre; par contre, leur face inférieure est duveteuse et blanchâtre. Les glands (à pointe non velue) sont tout aussi variables que les feuilles: ronds ou très allongés, obtus ou pointus au sommet, plus ou moins saillants hors de la cupule, plus ou moins gros. Ils sont courtement pédonculés, avec une cupule pubescente. Il rejette de souche et drageonne beaucoup. Il donne un excellent charbon de bois. Il se plait sur le littoral et en situation dégagé. Aussi l'utilise-t-on souvent comme brise-vent. Il résiste à la pollution, à la sécheresse et à la chaleur: on le plante donc de plus en plus comme arbre d'alignement dans nos villes. Initialement localisé dans le Sud-est de la France, les Romains l'ont implanté sur la façade atlantique jusqu'en Bretagne et même en Grande-Bretagne. Le jardin botanique de Bordeaux (rive gauche) abrite un beau chêne vert, de 20,50 m de haut et 2,60 m de circonférence. Le parc Rivière de Bordeaux, lui, possède un chêne vert plus grand (27 m de haut; 1,53 m de diamètre), surnommé "Le Paresseux" car il ne croit pas en hauteur, mais horizontalement! A Périgueux, un très bel exemplaire est conservé dans le musée de la villa romaine (Vesonne). Au jardin de Montpellier, , quelques chênes verts datent du XVIe siècle. Au XVIIIe siècle, un pépiniériste anglais (Turner) hybrida le chêne vert et le chêne pédonculé: le chêne de Turner, aux feuilles semi-persistantes, est un chêne à croissance lente, convenant bien aux petits jardins. Le chêne vert s'hybride aussi avec le kermès pour donner Quercus x auzandrii: arbuste de 1 - 2 m à feuilles ondulées et munies de dents piquantes seulement un peu poilues en dessous (visibles à la loupe), à glands rappelant ceux du chêne vert. Enfin, il existe un hybride (Quercus morisii) plus rare entre le chêne vert et le chêne-liège, avec une écorce faiblement et irrégulièrement liégeuse.

Le CHÊNE-LIÈGE Quercus suber (arbre à liège, surier, sioure; corcier dans notre Sud-Ouest; 20 m) est caractérisé par son port trapu et son écorce épaisse et liégeuse à l'état adulte. Son houppier atteint 18 m de haut et s'ouvre largement (15 m de diamètre). Les feuilles de 8 cm de long sont coriaces, vert sombre, ovales, minces et PERSISTANTES (entières, légèrement dentées ou à épines, au revers argenté). En fait, les vieilles feuilles tombent au moment où apparaissent les nouvelles feuilles. Les glands, de forme allongée (2 à 3 cm) et nettement mucronée, avec une pointe velue, sont courtement pédonculés. Sur le tiers de leur hauteur, ils sont enchâssés dans une cupule conique, à écailles inégales (de plus en plus grosses à partir de la base). Ces glands mûrissent en deux ans: ils sont alors d'une couleur brun-chocolat/rouge-brun.
L'écorce commence à devenir liégeuse vers l'âge de trois ans. Lorsque l'arbre est âgé de 25 ans (15 - 30) environ (diamètre de 60 cm), on retire, en été, pour la première fois l'écorce("démasclage" ou même "démasculé"!): on obtient le liège mâle (écorce irrégulière et crevassée) qui est de mauvaise qualité. Ensuite, sur la partie brune du bois, l'écorce repousse avec un liège dense et de qualité: le "bon liège". Dès qu'elle a 3 cm d'épaisseur, on effectue un "levage" (un deuxième démasclage), on obtient le liège femelle (liège de reproduction) de meilleure qualité. Lorsque le liège est décollé d'une seule pièce, on a un "canon" avec lequel on fabrique des ruches (Méditerranée). Le liège est prélevé tous les 10-15 ans (parfois 8 ans), depuis le pied jusqu'à 1,10 m de haut. Toutes la production de liège provient des suberaies (forêts de chêne-liège) de seulement six pays méditerranéens auxquels il faut rajouter le principal producteur: le Portugal. En France, on n'en trouve plus que dans le Sud-ouest gascon et méditerranéen, le massif des Maures et de l'Estérel. Les premiers usages du liège furent les bouchons... des flotteurs des filets de pêcheurs dès l'Antiquité. Le bouchon pour les bouteilles de verre ne se généralisera qu'au XVIIIe siècle. Le liège sert aussi à fabriquer des bouées de sauvetage (résistance à l'humidité alliée à légèreté), des boucliers et des tabliers de protection (artisans), des semelles légères, des chapeaux et des isolants (note rustique dans la cuisine). Il redevient à la mode avec le retour aux matériaux naturels et écologiques. Le chêne-liège est sensible au froid, surtout si on l'a dépouillé de son écorce. Écorcé, il vit 150 ans (et 100 ans de plus s'il n'est pas écorcé). Il symbolise la générosité: celui qui donne sa chemise pour le bien être d'autrui. Bien qu'il soit poreux, le liège ne s'imbibe pas d'eau grâce à la subérine. Celle-ci est aussi ignifuge: grâce à ce "bouclier thermique", le chêne-liège est le seul arbre à survivre aux incendies en Provence. En Gironde, vous pouvez admirer un superbe chêne-liège de 25 m de haut et près de 6 m de circonférence en bordure d'une route de Montagoudin. Un chêne-liège remarquable se trouve au château de Gonneville (6,50 m de circonférence). A Mérignac, un bel exemplaire pousse rue Emile Augier (près de la place Jean Jaurès, à Capeyron). Dans notre Sud-Ouest, les peuplements de chêne-liège sont littoraux, dans la région de Nérac (au milieu des pins maritimes), au sud-est de Sauveterre de Guyenne (bois de la Colonne), au nord de Coutras, ponctuellement dans le massif landais. On trouve des traces de démasclage anciens.

Le CHÊNE KERMÈS Quercus coccifera (ou chêne à cochenilles) est le nain du clan des chênes: ce n'est qu'un arbrisseau, au port buissonnant, très densément ramifié avec des rameaux raides et intriqués, de 0,5 de haut! Quand l'arbre atteint 3 m de haut, il s'agit d'hybrides avec le chêne vert. Ses feuilles PERSISTANTES, courtement pétiolées, très dures (dentées ou épineuses) sont rarement entières, luisantes et sans duvet sur les deux faces. Les nervures (au moins la médiane) sont saillantes à la face supérieure. Les bords, étroitement translucides, portent normalement 4 à 6 paires de dents très fines. Nous recevons souvent la question suivante: comment distingue-t-on le kermès du chêne vert? Les feuilles du kermès sont vertes sur les deux faces et les écailles de la cupule du gland sont garnies de pointes.
Ses glands, assez gros, subsessiles ou courtement pédonculés, sont logés dans des cupules hérissées de pointes presque piquantes (comme les feuilles). C'est un élément essentiel des garrigues (garric est l'ancien nom du chêne!) méditerranéennes sur calcaire. Quand il forme des peuplements exclusifs, c'est le signe d'un stade régressif de la chênaie verte. Il constitue des forêts en Kroumirie (frontière algéro-tunisienne). Il fut surexploité car c'est le chêne qui a la plus forte concentration (et de loin!) de tanin (dans ses racines et dans son écorce). Sur ses rameaux vit une cochenille (le kermès Kermes ilicis) surnommée "graine écarlate" dont on tirait autrefois une teinture cramoisi (mot de même éthymologie que Kermès): le kermès (détrôné d'abord par une cochenille mexicaine au XIXe siècle, puis par les fabrications chimiques artificielles comme l'aniline). Le kermès est tombé dans un éternel oubli désormais alors qu'on en tirait 100 quintaux rien que dans la région de Montpellier en 1774. Savez-vous que les récolteuses de kermès se laissaient pousser longuement les ongles pour décrocher plus facilement les cochenilles de leur support? Sous les feuilles, des boursouflures bien visibles sont des galles produites par une minuscule guêpe (Plagiotrochus). Parmi les caractères qui le distinguent, signalons son écorce grise (la plus riche en tanin de tous nos chênes indigènes: 11 à 16% et même 20% pour la racine appelée garrouille), les chatons mâles très courts et les cupules hérissés de piquants.

En plus de ceux précédemment cités, il faut rajouter des chênes plus rares qu'on trouve dans les parcs de notre commune (Mérignac), notamment au Bourran:
- le CHÊNE CHEVELU(chêne de Bourgogne, doucier, chêne lombard, chêne turc) Quercus cerris (36 m): porté sur la partie défeuillée du rameau, son gland est pourvu d'une cupule ébouriffée de lanières minces (comme des mini-têtes de beatniks passées dans les mains d'un Jivaro): des poils mous de 7-10 mm de long, assimilés à des cheveux, d'où son nom de chêne chevelu (voir la photographie centrale ci-dessus). Il mûrit lentement en deux ans. Ce gland ovoïde, au pédoncule bref, est finement strié. Ses jeunes rameaux sont habituellement velus. Son tronc est imposant, massif et droit; sa cime longue et aiguë. Son écorce noirâtre/brun grisâtre est profondément fissurée. Les bourgeons sont munies de longues lanières. Ses feuilles d'une dizaine de centimètres sont pétiolées, étroites, assez longues, elliptiques, irrégulièrement dentées (surtout chez les jeunes sujets), à lobes assez profonds, rugueuses, vert mat foncé à gris verdâtre, avec des poils étoilés en dessous. Il fleurit deux semaines après le pédonculé. Comme sa croissance est nettement plus rapide que les autres chênes, son bois (aubier épais, coeur légèrement rosé) a une qualité inférieure à celui du rouvre et du pédonculé. Peu longévif, il apprécie les sols sablonneux, siliceux, chauds, profonds et frais (il exigeant sur l'humidité du sol). Indigène du Centre et du Sud (et de l'Est?) de l'Europe, son véritable habitat d'origine reste inconnu car il a été planté depuis des siècles dans toute Europe et il s'adapte vite. En Italie, c'est une essence forestière importante. Il s'est plus ou moins naturalisé sur les sols acides du sud de l'Angleterre. En France, le seul peuplement indigène certain de chênes chevelus se trouve au sud-ouest de Besançon, dans la forêt communale de Saint-Vit. De très beaux exemplaires se trouvent: d'une part, au Parc du Bourran (33700 Mérignac), près de l'entrée située avenue de la Marne; et d'autre part, au Parc Bordelais. En fait, il n'est spontané que dans l'extrême sud-est de notre pays (Var, Alpes Maritimes) et rare dans le Jura.
- le Chêne chevelu panaché (naturel dans le Doubs et le Jura, espèce décorative de jardin; feuilles vernissées, à dents petites; gland avec des poils).
- Les autres, notamment ceux venant d'Amérique du Nord et d'Asie, ont été acclimatés. Le CHÊNE ROUGE D'AMERIQUE Quercus rubra (25 m), introduit en France à la fin du XVIIIe siècle, est aujourd'hui planté en sylviculture pour le reboisement des sols sablonneux et caillouteux. Il supporte des sols siliceux très médiocres. Il pousse mieux que le rouvre et le pédonculé dans les sols acides et argileux. Sa cime au houppier imposant est grande et ouverte, avec des grosses branches droites, dressées et raides. Ses jeunes branches prennent rapidement une couleur rouge sombre. Son écorce, grise et luisante, se fendille en longues bandes plates virant au brun rouge avec l'âge. Ses feuilles vert mat à lobes pointues, grandes (20 cm) prennent une belle couleur écarlate et rougeoyante à l'automne (jaune vif chez la variété "Aurea") comme chez le chêne écarlate Quercus coccinea (qui a le dessus de ses feuilles plus vernissées). Son gros gland met deux ans pour se former; la première année, il ne dépasse pas la taille d'un pois. Il est très grand; la surface en contact avec la cupule est plate ou concave. La cupule, elle même, est aplatie et elle ne couvre que la base du gland. Son bois médiocre et peu compact est utilisé dans l'industrie du meuble.
- Le chêne zeen (et non zane!) Quercus canariensis:
Originaire du Sud-Ouest de l'Europe et de l'Afrique du Nord, il est très élégant avec son feuillage marescent. Un magnifique sujet (28 m de haut parait-il?; 1,85 m de circonférence) se trouve au parc du Bourran, près du parking donnant sur la rue Alfred de Musset.
- Le chêne des marais Quercus palustris (25 m de haut en Europe):
Il se plait dans les milieux limoneux, bien humide en été (marais de la Réserve naturelle de Bruges, zone inondable au Bourran: photographie de gauche), mais il déteste les sols argileux compacts. Son tronc est lisse et gris. Ses branches basses retombent, tandis qu'à mi-hauteur, elles deviennent horizontales (la partie inférieure de sa couronne est couverte de petits rameaux latéraux). Ses feuilles de 10 cm de long, à lobes étroits et pointues, sont d'un vert brillant en été et elles deviennent d'un rouge profond à l'automne.

- Au Jardin Public de Bordeaux, découvrez des chênes plus rares encore:
CHÊNE A FEUILLES POINTUES = CHÊNE VERT DU JAPON = AKAGASHI: Feuilles persistants deux ans, ni lobées, ni dentées. Glands comestibles séchés et moulus, mélangés à la farine de blé. Bois très rouge. Découvert en 1789, introduit en Grande-Bretagne en 1877-1878.
CHÊNE BICOLORE (CHÊNE BLANC DES MARAIS): Originaire des vallées fluviales et des marais de l'est de l'Amérique du Nord, le chêne bicolore est un arbre à port assez étroit mais arrondi, à branches basales retombantes. L'écorce écailleuse brun gris, s'exfolie en plaques oblongues chez les spécimens âgés. La forme des feuilles (10-20 x 4-10 cm), aux lobes peu profonds, rappelle à la fois celles du houx et celles des chênes d'Amérique. Effilées à leur base, elles portent 6-8 lobes de chaque côté. Vert foncé lustré sur le dessus, elles ont le revers discrètement duveteux (gris vert argenté). A l'automne, elles se teintent de rouge et de marron sur le dessus et de rose au revers (bicolore). Les glands peuvent mesurer jusqu'à 3 cm de long. Q. bicolor produit de nombreuses pousses adventives qui meurent au bout d'une année et restent attachées longtemps à l'arbre comme bois mort. C'est le chêne non indigène le plus représenté au Parc Bordelais ( car grand engouement au XIXe siècle). Il a aussi été planté au mémorial du 11 septembre à New-York.
CHÊNE DE TURNER: Hybride de chêne vert et de chêne pédonculé (ces deux chênes se trouvent à proximité pour faire des comparaisons). Crée par Turner au XVIIIe siècle. Feuilles persistantes. Croissance lente.
CHÊNE GLAUQUE = CHÊNE BLEU DU JAPON: originaire du Japon, de la Chine et de Corée. Feuilles lancéolées, larges, épaisses, coriaces, persistantes, rappelant celles de châtaigniers (mais avec le dessous pubescents). Jeunes feuilles nuancées de bronze, de violet, de vert foncé. A ne pas confondre avec le chêne à feuilles de châtaignier.

- Au Parc du Bourran (33700 Mérignac), vous pourrez observer d'autres chênes rares, dont le chêne à lattes ou chêne à feuilles de laurier Quercus imbricaria (15 m de haut; 82 cm de circonférence)(photographie de droite): Est U.S.A.. Arbre de collection introduit en 1786 en Europe. Feuilles marescentes, cuivrées à l'automne, fines, de 10 cm en moyenne (7-17x2,5-5 cm), avec nervure médiane rouge caractéristique. Gland globuleux et aplati (1-1,5 cm). Jadis, son bois servait de tuiles aux États-Unis (imbricaria vient de imber = pluie). Chatons en mai. Tronc lisse au début. .
A proximité et en dehors du parc De Bourran de Mérignac, vous trouverez:
- Quercus atlantica, au cimetière, Avenue Pierre Mendès France),
- le chêne du Caucase Quercus macranthera:caractérisé par une ramure fortement ascendante, il possède des feuilles pouvant mesurer 15 x 10 cm, effilées vers leur base. De chaque côté de la feuille, on compte 11 lobes arrondis qui diminuent vers le sommet.
- le chêne de Hongrie Quercus frainetto (avenue des Eyquems): il peut atteindre une grande taille. Ses feuilles elliptiques d'un vert profond sont luisantes, irrégulières, avec des lobes saillants vers l'avant et s'effilent vers la base. Elles peuvent atteindre jusqu'à 20 cm de long et 10 cm de large. Ce chêne, à l'aspect caractéristique, est originaire du sud-est de l'Europe.
Pour différencier les espèces de chênes à partir de leurs feuilles, vous pouvez vous rendre sur le site: www.lesarbres.fr/chene2.html

- Au parc bordelais, poussent huit espèces de chêne dont le CHÊNE DE HONGRIE (non loin de l'entrée Saint Médard), originaire des Balkans. Avec le chêne daimyo, c'est celui qui a les plus grandes feuilles: 25 cm de long et 14 cm de large. Leurs bords sont profondément découpés (comme le daimyo). Le dessus des feuilles est vert foncé, luisant, le dessous vert clair grisâtre, doux au toucher. Le tiers inférieur du gland est enserré dans la cupule.

Derrière la serre du site du Bourgailh (Pessac), se trouve une belle collection de chênes: chêne à gros glands, chêne de Bannister (arbrisseau buissonnant dont les rameaux anciens deviennent presque épineux; grande rusticité, précoce et régulière fructification; apprécié du gibier donc naturalisé en Sologne), chêne de l'Himalaya, chêne à dents de scie, chêne à feuilles de châtaignier, chêne à feuilles de Myrsine, chêne blanc, chêne daymio, chêne chevelu...

En Gironde, un autre site héberge une belle collection d'espèces variés de chênes: c'est le domaine de l'I.N.R.A. 69, route d'Arcachon, à Pierroton (33162 Cestas) tél. 05.57.12.28.16. pour prendre rendez-vous. Dans un vieil arboretum, une collection de chênes a été commencée en 1963 et se poursuit pour tester leurs capacités adaptatives: Quercus shumardii (15 m), Quercus nuttallii (14 m), Quercus Phellos, velutina (12 m), Quercus rubra (27m), Quercus nigra, Quercus falcata var. pagodifolia... A 1,5 km de là, en limite de parc, se trouve un énorme chêne à feuilles de saule Quercus phellos, se signalant par son port étalé: appréciant les sols marécageux, il supporte néanmoins des conditions plus sèches. Il a été importé pour la première fois en Europe en 1723, mais il n'a guère été beaucoup cultivé depuis. Les feuilles, non dentées et à marge ondulée, peuvent atteindre 10 cm de long. Par contre, ses glands, presque ronds, sont petits (de la taille d'une groseille!). Les feuilles sont jaunes au moment du débourrement.

Le jardin botanique de Talence (Parc Peixotto) conserve deux carrés consacrés aux chênes, dont le chêne chevelu, le chêne écarlate, le chêne à feuilles de châtaigniers, le chêne-liège dans la zone Gymnospermes.

Des spécimens rares de chênes à feuilles de châtaignier Quercus acerifolia figurent au jardin de sculptures de casaque (crée en 1985), à Lugos.

Le quassia est aussi un chêne: Quercus amara.

Application en phytothérapie


nt en Périgord (au nord de la Dordogne) et dans l'Entre-deux6mersL'agent actif est surtout le tannin. L'écorce doit être fraiche (si possible) et lisse, donc enlevée sur les rameaux de trois ou quatre ans, de préférence un peu avant la floraison. Décoction utilisée comme antiseptique, astringent (contre les diarrhées), fébrifuge, tonique et anti-hémorragique. L'infusion des feuilles de chêne pédonculé (cueillie en été) avec du miel est donnée aux personnes faibles.
En usage externe, une décoction de 70 g de glands (chêne pédonculé, chêne vert)/L d'eau soigne la peau (compresses sur des affections diverses, engelures, douleur aux muscles et aux articulations) et les muqueuses (gargarismes, irritations vaginales, tampons pour les narines). La coloration jaune du tanin laissée sur la peau peut être ensuite effacée au jus de citron.
En conclusion, les chênes soulagent d'un grand nombre de maux et on devrait davantage les utiliser car on les trouve partout.
Quant aux galles thérapeutiques, elles viennent d'Orient: elles sont souvent produites par le chêne des teinturiers Quercus infectoria contenant 26 à 65% d'acide tannique!


Les recettes de cuisine


A cause des tanins amers et toxiques (jusqu'à 10 %), les glands ne sont pas comestibles tels quels pour l'Homme, les ruminants et les chevaux. La toxicité se manifeste d'abord par des problèmes digestifs et des maux de tête, puis des troubles urinaires et enfin la mort éventuelle. Néanmoins, il était considéré, jadis, comme un "arbre fruitier" dont les glands nourrissaient les porcs. Les fouilles du camp de Chassey (près de Châlon-sur-Saône) ont livré des agglomérats de glands grillés associés à d'autres graines. Car les tanins peuvent être éliminés en utilisant leur solubilité dans l'eau pour rendre les glands comestibles. Après avoir écrasés les glands (préférable) ou enlevés l'écorce, on les immerge de différentes manières : méthode rapide dans plusieurs eaux successives bouillantes et salées, méthode beaucoup plus lente (jusqu'à un an d'attente!) dans de l'eau courante ou enterrés dans un sol humide. Après séchage, deux possibilités de préparation existent:
- soit torréfier les glands , puis les infuser dans l'eau et filtrer pour les utiliser comme un café non excitant et digeste,
- soit les réduire en poudre et mélanger cette dernière à un volume double de farine de blé (méthode utilisée pour "allonger" la farine normale en période de disette).
A côté de ces glands amers, il existe des glands doux qui peuvent être consommés directement comme vous le faites pour les châtaignes (voir la fiche "châtaignier"), mais ils se conservent moins longtemps que les glands amers. Exemple: les chênes à feuilles persistantes comme:
- la variété "Ballota" du chêne vert (aussi appelée Quercus rotundifolia ou chêne vert à glands doux), dont les fruits seraient très allongés, cylindriques, largement saillants hors de la cupule. Cette variété se trouve en Afrique du Nord, en Espagne et parfois dans le midi de la France;
- certaines variétés de chêne liège, le chêne pubescent "Virgiliana" (en vente en Italie du sud), le chêne des Apennins Quercus virgiliana, le chêne de Macédoine Quercus trojana, Q. muehlenbergii (ou chêne chikapin ou chêne chataignier jaune), Q. mongolica, le chêne vilapi Q. macrolepsis, certains chênes châtaigniers Q. prinus, Farnetto (de l'Italie du sud à l'Asie Mineure), le chêne blanc Quercus alba...
Pour avoir des explication détaillées sur les espèces à glands comestibles, les pépiniéristes vendeurs et la préparation de ces glands, aller à l'adresse suivante: http://association.fruits.oublies.pagesperso-orange.fr/contrib/cheneglandsdoux/chene.html
Lors des glandées (automne), gouter les glands tombés au sol en parcourant les arboretums pour découvrir les arbres qui offrent les glands les moins amers. Il semblerait que l'amertume diminue sous un climat chaud: ainsi, en Estrémadure (sud-ouest de l'Espagne), pousse une variété de glands sucrés plus savoureux que les châtaignes. Si vous souhaitez planter des chênes à glands doux, mettez au moins deux exemplaires côte à côte pour favoriser la pollinisation croisée (sinon, vos glands pourraient résulter d'une fécondation avec du pollen provenant d'un chêne à glands amers).
Les glands étaient l'alimentation de base des Indiens de Californie. En fins gastronomes, les Romains mangeaient les glands comme accompagnement des souris grises rôties!
En Italie, on fabrique une huile avec les glands.
En Algérie, la farine de glands doux torréfiés mêlée à la poudre de cacao donne le "racahout". Jadis, les Turcs engraissaient leurs femmes (qu'ils aimaient plus que replettes!) avec le "palamoud", bouillie de farine de glands et de maïs, de chocolat et de sucre!
Les exsudats de chêne chevelu sont comestibles.
La mousse de chêne Pseudevernia prunastri réduite en poudre sert à faire lever le pain: c'est aussi un fixatif du parfum de violette.
Toutes les informations culinaires ou phytothérapeutiques ne sont données qu'à titre indicatif.
Merci de consulter un professionnel de la santé avant toute utilisation.