L'Écotourisme en Gironde

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Lierre grimpant

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Nom commun : 

Lierre grimpant

Nom latin : 

Hedera helix

Autres noms : 

Lierre rampant, bourreau des arbres, joli bois, lierre des poètes, herbe à cors, herbe à cautères

Famille : 

Araliacées

Origine : 

Europe

Taille : 

de 3 à 30m, voire même 50 m!

Description


Lors des promenades hivernales en forêt, avez-vous remarqué combien notre attention est retenu par le lierre dont le vert feuillage printanier est omniprésent en pleine froidure? Cette verdure permanente avait fait de lui, dans la Grèce antique, le symbole de la jeunesse et on en ornait Dyonisos (dieu du vin). Car, lorsque le jeune Dyonisos fut capturé par des pirates, c'est grâce à la pagaille mortelle provoquée par la survenue de vignes et de lierre (surgis de nulle part!) qu'il a pu se sauver.
Le lierre est l'unique représentant dune famille de plantes tropicales: les Araliacées. Il met ainsi un peu d'exotisme dans notre quotidien! C'est l'une de nos deux principales lianes indigènes (avec la clématite qui pend plutôt des arbres, alors que le lierre est un "alpiniste attachant" avec ses crampons, surtout sur les arbres à écorce rugueuse: chêne, orme, frêne!). C'est pourquoi, en Orient comme en Occident, le lierre est devenu le symbole de l'attachement affectif et de la fidélité, voire de l'amour étouffant: "Je meurs ou je m'attache" est la devise du lierre depuis le Moyen-Age. La même idée se retrouve en Chine où les maris malheureux en ménage utilisent le lierre pour retenir leur épouse au logis. Hedera vient du latin "heda" = corde, attache. Le lierre est aussi le symbole de la longévité et de l'éternité car il peut vivre 400 ans. S'élever n'est cependant pas un besoin vital pour lui: il peut vivre au ras du sol en formant de vastes tapis. Par contre, il ne s'élève guère en montagne (1200 m d'altitude maximum).
Chose singulière: l'hétérophyllie; un même pied de lierre porte deux types de feuilles persistantes (longévité: trois ans):
- celles des rameaux ordinaires non fleuris (rampants ou grimpants à la base inférieure) sont disposées sur deux rangs seulement; elles sont découpées en 3-5 lobes (surtout lorsqu'elles sont jeunes) c'est-à-dire palmées comme les pattes d'un canard; leurs nervures se détachent souvent en blanc sur un fond sombre et brillant;
- celles des rameaux dressés (et qui seront florifères un jour ou l'autre) pour se rapprocher de la lumière sont disposées tout autour du rameau; elles sont entières, ovales, aiguës, entièrement vert foncé, plus petites souvent; la ramification de ces rameaux (sans crampons) s'effectue en tous sens. Chose curieuse: ces rameaux fertiles ont un nombre double de chromosomes par rapport à ceux couchés et infertiles. Le lierre est donc une chimère de la nature: un être double!?
On pourrait dire qu'il ne réalise sa puberté qu'avec la lumière! Cette curiosité ne s'arrête pas là: si vous bouturez des rameaux à fleurs, ils se développent en petits arbustes qui ne produisent PAS de rameaux grimpants. Ces arbustes permettent d'obtenir des formes arborescentes du lierre! Quand il est adulte, le lierre ne s'étend plus et il émet alors de vraies branches et des feuilles sans aucune ornementation, lisses et luisantes.
Des instruments de musiques rudimentaires (comme des sifflets) sont fabriqués avec les feuilles. Pour qui sait la faire vibrer harmonieusement, la feuille de lierre est un merveilleux instrument de "musique verte". Voici le truc: faire un trou rond dedans, lever la principale nervure du milieu jusqu'à un tiers de la distance du pétiole, plier la feuille en deux dans sa longueur et souffler. Il parait qu'on peut même attirer les oiseaux.
Même les fleurs du lierre (au parfum désagréable pour les êtres humains, mais pas pour les insectes) sont de plusieurs types: les mâles, les femelles et... les hermaphrodites! Il fait partie des plantes polygames: un club très fermé dans le monde végétal! Autre rareté: ses petites fleurs, disposées en ombelles sphériques, ne s'épanouissent qu'en automne (de septembre à novembre). Leur allure en ombelle rappelle que les Arialés sont proches des Apiacées (ex-ombellifères). Petites, jaune verdâtre, à cinq pétales, elles sont très riches en nectar (qui s'étale sur le disque central), ce qui réjouit les mouches, les frelons et les abeilles lorsque la température n'est pas trop basse. Le lierre a même une courtisane qui ne vrombit rien que pour lui: la collète du lierre dont le destin est lié à celui du lierre puisqu'elle ne doit nourrir sa progéniture qu'avec le pollen des fleurs de lierre. La floraison est souvent si abondante qu'elle arrive à masquer une bonne partie du feuillage.
Le fruit (7 mm), cerclé vers le sommet par les vestiges du calice et contenant 3 à 5 graines, reste vert durant tout l'hiver sous les climats froids, mais dans notre région du Sud-ouest, il mûrit durant tout l'hiver: à maturité (couleur bleu noir), il est donc très apprécié des oiseaux, mais il est violemment purgatif et vomitif pour l'être humain. Remarquez que c'est dans le fouillis de cette plante que l'on trouve le plus de nids (merle, troglodyte) dans le jardin de la biodiversité de Mérignac (voir la photographie centrale ci-dessus). L'inversion du cycle floraison-fructification (avec un cycle végétatif décalé de 6 mois sur les autres plantes) s'explique par le fait que c'est un des rares rescapés (avec l'ellébore, le daphné et la houx) de la flore tertiaire (Crétacé) de l'Europe du nord, à l'époque où les hivers étaient chauds et humides et les étés très secs. Toute la plante (surtout les fleurs bien sûr) exhale un odeur caractéristique peu agréable.
Il a été jadis appelé hierre jusqu'à ce que l'article vienne se fondre avec le nom. De plus, nom féminin en latin, il l'est resté dans tous les langues romanes... sauf en français!
Montaigne le considérait comme un corrupteur et le détruisait. Pourtant, s'il s'accroche aux arbres, il n'agit pas comme le gui: ce n'est pas un parasite car il ne se nourrit pas de la substance de l'arbre. Il préfère s'agripper aux écorces rugueuses (chênes, pins) qui sont favorables à l'accrochage par des crampons courts et serrés. L'arbre (ou le mur) sert simplement de tuteur au lierre. Les racines aériennes n'ont qu'un rôle mécanique de fixation: elles sont toujours dépourvues de suçoirs (donc jamais de pompage de sève). Toutefois, ces crampons peuvent émettre des racines si le support est humide. Quand le lierre prend progressivement un grand développement vertical, l'ombrage du lierre entraine l'étiolement de l'arbre-hôte. Ce qui arrive au bout d'un certain temps car le lierre peut vivre des siècles alors que la plupart des arbres vivent en moyenne 150 ans. De même, le poids d'un vieux lierre et les racines aériennes (qui agrandissent les fentes des murs en mauvais état) peut faire écrouler les ruines de château-fort, mais auparavant il est l'allié des conservateurs de monuments historiques en protégeant les murs en bon état contre la pluie et le gel (isolant thermique). De plus, le lierre semblerait absorber les polluants de l'air. En résumé, il présente beaucoup plus d'avantages (dont la protection thermique des troncs et des murs) que d'inconvénients: il a d'ailleurs été réhabilité par différentes études de l'O.N/F. qui, désormais, ne le coupe plus systématiquement depuis plus de trente ans. Alors, ne coupez pas les lierres en forêt! dans la lutte concurrente pour la lumière, il participe à l'élagage naturel des branches basses de l'arbre. Enlever le lierre sur de vieilles écorces peut achever un arbre: l'écorce est abimée et elle se dessèche plus vite.
Le pouvoir germinatif des graines devient très grand, une fois débarrassées de la pulpe gélatineuse inhibitrice qui les entoure. C'est ce qui se passe lors de leur passage dans l'appareil digestif des oiseaux qui dispersent ainsi le lierre en mangeant les baies. Cette nourriture hivernale permet à quelques fauvettes à tête noire de rester chez nous à la mauvaise saison, et au merle qui niche trop précocement de nourrir sa nichée (du fait de l'insuffisance de nourriture carnée quand la température est trop froide). Pour bien des animaux, c'est à la fois la table, le couvert et un c'est un vrai palais climatisé: moineaux, lérot, renard, chauve-souris, écureuil, guêpes, abeilles, punaises (lutte biologique contre les pucerons et les psylles), papillons (boarnie rhomboïdale, larentie verdâtre, argus à bandes noires). Le lierre, champion de la biodiversité, représente, à lui seul, tout un écosystème!
Les racines du lierre sont parasitées par l'orobanche du lierre (chaque orobanche est spécialisé dans le parasitisme d'une espèce de plante). La première année, une nodosité grossit sur la racine. La deuxième année, des hampes raides et sombres émergent de terre: elles portent des fleurs mauves qui produisent une multitude de graines, puis l'orobanche meurt.
Lors de nos sorties découvertes et écotouristiques que nous organisons en Gironde, nous avons pu constater la présence de forts belles et vieilles tiges ayant un diamètre de la grosseur d'un poing (il ne devient jamais plus gros dans notre région: 7-8 cm de diamètre), y compris en milieu urbain (parc du Cypressat, à Floirac, ou parc du château, à Mérignac, par exemple). Le lierre a été introduit en Amérique du Nord où il a donné plusieurs variétés;
Durant la Préhistoire, il était indispensable de se déplacer avec la tablette à feu en lierre. Pour allumer son feu par friction, notre ancêtre utilisait le fait que le lierre brûle bien, même vert: il creusait un trou conique dans une planchette de lierre. Dans ce trou, venait parfaitement s'imbriquer un foret de pin que l'on faisait tourner rapidement avec un archet muni d'une corde (arc): les deux pièces de bois s'échauffaient et on mettait du foin sec dès que les minuscules points incandescents apparaissaient.
Son bois est blanc, tendre, léger: il est facile à travailler avec ses fibres courtes et son grain fin. Jadis, on les creusait pour en faire des gobelets et on les imperméabilisait avec de la cire (ou kyssybion). Le bois n'a pas d'autre emploi car il est trop mou et trop peu durable.
Quelques anecdotes pour terminer:
La mythologie du lierre est particulière abondante. Dans l'Égypte ancienne, la plante est dédiée à Osiris, dieu de la végétation et gardien du royaume des morts: son trident porte des feuilles de lierre. Dans l'Antiquité, les poètes grecs et romains les plus méritants se couvraient de lierre. En Grèce, c'est la plante préférée de Dionysos. Elle figurait donc à ses fêtes (dionysies) car elle avait la réputation de guérir de l'ivresse: le lierre imite en quelque sorte une vigne stérile avec ses tiges grimpantes, ses grappes de fruits noirs et ses feuilles découpées. Pendant le Moyen Âge, le lierre se substitue souvent au gui qui annonçait un cabaret sur les enseignes. En tant que symbole sacré des celtes païens, le lierre fut abattu et combattu par les apôtres chrétiens. En Irlande, il était si utile qu'on risquait d'être condamné à mort si on coupait un pied de lierre sans raison. Jusqu'au XIXe siècle, il était d'usage de jeter du lierre sur les cercueils des jeunes filles mortes vierges. Jadis, il servait aux devins en interprétant le "comportement" de quelques feuilles plongées dans l'eau bénite.
On a fabriqué des cordages avec les tiges de lierre.
Pour fabriquer votre propre lessive écologique, vous faites bouillir 50 g de feuilles dans un litre d'eau pendant 10 minutes. Filtrez. C'est tout et c'est très efficace pour les draps noirs, parole d'homme des bois!
A ne pas confondre cette plante aux tiges ligneuses avec le lierre terrestre (voir cette fiche) aux tiges herbacées.

CULTURE:
Dans un sol frais et de préférence calcaire, on le reproduit par semis (graines enfoncées à1-2 cm de profondeur) ou par boutures (en septembre). Mettre un à trois plants par m², à au moins 30 cm du mur (au pied du mur, la terre est trop sèche). Si vous avez déjà un grand lierre grimpant, faites une taille annuelle à l'automne pour que ses rameaux n'envahissent pas les branches d'un arbre. C'est un bon couvre-sol pour lutter contre les adventices en terrain sec et ombragé, alléger son poids sur les maçonneries et rajeunir le feuillage. C'est aussi un bon cache-misère décoratif (arbre mort, grillage) et éventuellement un brise-vent. Pour la biodiversité, le lierre est bien plus intéressant que les thuyas et les cyprès.

Application en phytothérapie


LES FRUITS SONT TOXIQUES POUR LES ÊTRES HUMAINS: NE PAS LES CONSOMMER!
Bronchite, brûlure, cellulite, cheveu, cor, coup de soleil, hypertension, oedème, règles, rhumatisme, trachéite, vergetures.
Les feuilles en infusion étaient utilisées contre les problèmes respiratoires. Jadis, en Gironde, pour lutter contre la coqueluche et la toux, on servait le vin chaud dans une grosse tige évidée de lierre.
Côté beauté et esthétique, le lierre retarde les incommodités de la vieillesse. Il a des vertus amincissantes: en usage externe (décoction), il résorbe la cellulite. Il régénère les contours des yeux, les peaux fatiguées, sèches et abimées. En traitement externe, ses indications millénaires (résolutif, cicatrisant, détersif) ont été scientifiquement vérifiées, notamment pour le traitement les cellulalgies (névralgies, névrite, douleurs rhumatismales et de la cellulite), des brûlures, des plaies rebelles et des ulcères. Pour cela, on utilise des cataplasmes de feuilles fraîches et hachées soit dans l'eau tiède (une bonne poignée par litre), soit les frictions avec l'alcoolature de feuilles broyées et macérées pendant une semaine). La longue macération de feuilles dans le vinaigre peut faire disparaitre verrues et cors si on est patient et persévérant.
Le lierre est un démaquillant doux pour les peaux mixtes, grasses et acnéiques. Aux premiers siècles de notre ère, Quintus Serennus Sammonnicus conseillait, aux femmes qui souhaitaient avoir une poitrine bien proportionnée, d'entourer leurs seins d'une guirlande de lierre. Mais là, on nage en plein délire!
Dans les régions les plus méridionales, l'incision des vieux pieds donne une gomme-résine noirâtre ou rougeâtre: la gomme hédérine/hédérée qui calmerait les douleurs des dents, tout en étant parasiticide et dépilatoire.



Les recettes de cuisine


Les baies de lierre sont toxiques pour l'être humain, notamment à cause de l'hédérine. Il faut s'en rappeler si vous avez des enfants et du lierre dans votre jardin (ou sur vos murs). Plus le lierre pousse à des latitudes basses (contrées chaudes du sud), plus il est toxique.
Toutes les informations culinaires ou phytothérapeutiques ne sont données qu'à titre indicatif.
Merci de consulter un professionnel de la santé avant toute utilisation.