L'Écotourisme en Gironde

Entrer le nom d'une plante :

Ortie

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Nom commun : 

Ortie

Nom latin : 

Urtica (qui a donné

Autres noms : 

Chocotte, darse, etruge, brûlant

Famille : 

Urticacées

Origine : 

Europe

Taille : 

0, 50 à 1 m

Description


Tout le monde sait la reconnaitre les yeux fermés (d'où son surnom d'herbe des aveugles!)... uniquement par sa "caresse brûlante" car c'est la seule plante de notre flore indigène à avoir cette propriété (urtica vient de "urere" = brûler)! Une coquine coutume du centre de la France voulait qu'on offre au marié un bouquet d'orties pour qu'il en frotte son épouse si elle ne montrait pas assez d'ardeur lors de la nuit de noces!! En Europe, une autre pratique consistait à placer quelques feuilles d'orties sous les draps, à l'insu de l'autre partenaire. Ces coutumes (abandonnés?) redonneraient, parait-il, de la vigueur dans les jeux du désir pour les hommes aussi: Pétrone raconte qu'une prêtresse fouettaient ainsi les impuissants sous le nombril, les fesses et les reins pour leur redonner de la vigueur!! Suivant les mêmes principes, les vétérinaires favoriseraient, à l'occasion, la monte des chevaux et des taureaux. Jadis, la frottée d'orties était aussi appliquée aux enfants désobéissants et au Pérou, on la pratique encore pour sanctionner les femmes accusées d'adultères. En Afrique, certains rites initiatiques consistent à flageller l'adolescent pendant trois jours pour chasser toute trace de féminité et lui apprendre à être un homme.
Observer, à la loupe, les ampoules contenant l'acide formique et l'histamine, à la base des poils (ou plutôt des aiguilles): sur l'épine, vous verrez un capuchon siliceux et arrondi dont la pointe se rompt facilement pour libérer le poison qui a une action vasodilatatrice sur les vaisseaux sanguins. Vous remarquerez que l'ortie pousse en abondance autour des terriers des lapins, mais que ces derniers ne les mangent pas. Les orties d'une touffe sont toutes du même sexe. Souvent, ceux des marécages piquent moins, semble-t-il.

Il existe trois espèces principales d’'ortie en France métropolitaine:

  • la grande ortie dioïque (0,5-1,5 m), (photographies centrale et de droite): c'est l'ortie la plus répandue, vivace à rhizome très ramifié (à consommer avant mai, car ensuite la plante est beaucoup trop fibreuse). Les feuilles ovales/allongées sont portées par un pétiole court. Les sexes sont séparés avec des pieds mâles et des pieds femelles (d'où son nom de dioïque).
  • l’'ortie brûlante ou petite ortie (photographie de gauche), plus petite (moins de 0,60m) mais au contact plus "brûlant", annuelle, à racine fusiforme simple (consommable à partir de mai). Ses feuilles, plus petites ovales/arrondies avec des dents régulières, sont portées par un pétiole plus long que la feuille. Fleurs mâles et femelles, bien que séparés, sont portés par le même pied.
  • l'’ortie romaine (0,3-1 m; fleurs femelles en forme de pilules hérissées de poils).

Pour être complet, signalons qu'on trouve aussi, sur le pourtour méditerranéen: l'ortie à pilules et l'ortie à membrane. Toutes les orties sont comestibles jeunes. Elles étaient encore vendues sur les marchés au XXe siècle.
Les fleurs des orties sont toujours unisexuées. En juin, les chatons apparaissent sur les parties hautes: nombreuses fleurs femelles (à la loupe, regardez bien la beauté des stigmates en panaches argentées; verdâtres et pendantes) et quelques fleurs mâles (jaunâtres, à port plus horizontal, étalé ou dressé) sont sur des pieds différents. Les anthères non mûrs des étamines sont maintenues -par les filets- vers le bas et le coeur de la fleur; une fois mûrs, les filets se détendent pour que les anthères soient libérées et explosent en un mini-nuage de pollen! Donc, de nos jours, nul besoin d'insecte zélé puisque l'ortie compte désormais surtout sur le vent. Néanmoins, les fleurs produisent du nectar et un agréable parfum: c'est le signe qu'à une lointaine époque, la plante confiait son pollen aux insectes.
Ses racines s'enfoncent jusqu'à 70 cm de profondeur. Une touffe s'étend grâce à ses drageons sur de longues tiges horizontales ramifiées (au statut intermédiaire entre rhizome et stolons).

Il y a de l'or dans l'ortie; alors, ne la jetons pas aux orties. "J'aime l'ortie parce qu'on la hait" (Victor Hugo). Avec l'ortie comme avec les gens, il faut savoir aller au delà de la première impression. Le plantain, l’'oseille, le vinaigre et la salive soulagent les piqûres des poils d’'ortie. Cette étrange compagnie avec l'homme depuis longtemps s'explique par son caractère nitrophile (comprendre: elle pousse sur les terres engraissées et les déjections). Dans la Bible, elle symbolise la paresse, l'oisiveté, la désolation et la ruine! car l'ortie pousse dans les champs mal entretenus ou abandonnés. Mais, dans le folklore populaire, elle est plutôt le symbole du courage.

A l'origine, la plante devait être peu urticante. Mais, en se rapprochant de l'Homme*, la sélection naturelle a privilégié les mutations urticantes pour que la plante résiste mieux à la dent du bétail. Les "piquants" des orties sont inefficaces contre les minuscules insectes: aussi, sont-elles des parcs zoologiques à insectes: ils hébergent la larve de Plusia chrysitis, la méticuleuse, Pragmatolia fuliginosa, le charançon Phyllobius pomaceus (vert bronzé), des punaises, des coccinelles (dont une larve bleue), des sauterelles, des mouches, la panorbe (inoffensive, mais à l'abdomen redressé comme un scorpion), des pucerons (garde-manger des coccinelles!). Les orties sont notamment de véritables "bouée de sauvetages" pour les chenilles des papillons qui s'en nourrissent: paon de jour, vulcain, vanesse petite tortue, gamma, robert le diable, écailles... Ces plantes, malgré leurs défenses, sont condamnées à vivre en étant envahi par une microfaune qui vit à ses dépens. Il n'est donc nullement farfelu d'abandonner un coin du jardin biologique aux orties. Couper les orties en juin: la repousse fournira des feuilles plus tendres aux insectes.
Très utile en agriculture biologique, le purin d'ortie (voir notre rubrique " la bible de l'écojardinier") est un fortifiant des plantes et un antipuceron naturel. Planté au voisinage des aromates, il stimule leur croissance.

Son intérêt alimentaire apparut relativement tardivement et resta localisé à l'Europe du Nord (Suède) où elle devint une plante fourragère intéressante pour sa précocité. Le fourrage sec d'ortie favorise même la lactation du bétail. Les volailles (oies, poules) ne sont pas gênées par son aspect urticant. Racine et feuilles ont une action médicinale (voir ci-dessous). La décoction salée d'ortie fait cailler le lait pour préparer ensuite des fromages.
Avec ses fibres (et notamment celle d'une urticacée himalayennes Girardinia diversifolia nommée "allo"), on fabriquait (et encore de nos jours en Allemagne) aussi du papier, des filets et des tissus (certains costumes militaires durant la seconde guerre mondiale, ainsi que des torchons verts indestructibles). Ses vêtements sont certes de texture grossières, mais également fort peu couteux. L'héroïne de "La princesse aux cygnes" (Andersen) tisse des vêtements d'ortie pour désenvouter ses frères transformés en cygnes.
De la racine, on extrait une teinture jaune. Et lors de nos stages, l'ortie est l'une de nos plantes préférées pour extraire les pigments chlorophylliens. .
* Plusieurs villages anglais portent des noms dérivés de l'ortie (nettle).

Application en phytothérapie


C'EST LE MEILLEUR DES ANTIOXYDANTS, juste devant le poivron et l'oignon. Autrefois, le jus/suc d'ortie servait de purge printanière! Les parties aériennes apportent des vitamines (A, B2, B5, C: 100 mg/100 g, E, K, acide folique...), des minéraux (fer, silice, magnésium, calcium: 100 fois plus que dans la pomme, phosphore, magnésium), des acides aminés et des protéines. C'est donc un fortifiant (cure de printemps en cas d'avitaminose ou d'anémie) qui, en plus, favorise la formation des globules rouges.. Pour les diabétiques, il fait tomber le taux de glucose dans le sang.
Ses propriétés sont très diversifiées: lutte contre l'acné (effet antiinflammatoire du zinc), l'arthrose (reminéralisant) et la fatigue, convalescence, sommeil, attention intellectuelle, hémorragie (pour arrêter les saignement de nez -allez hop!- un bouchon de feuille d'ortie dans la narine!), fonctionnement des reins, de l'intestin et du foie, ongles cassants et chute des cheveux (teinture alcoolique ou simple friction du cuir chevelu avec les graines fraîches) en cure de 6 mois. Côté esthétique et beauté, l'ortie entre dans la fabrication de produits cosmétiques contre l'acné et des shampoings contre la perte des cheveux et la séborrhée.
Les stérols de la racine d'ortie ont une action bénéfique sur l'adénome de la prostate et donc sur les troubles de la miction.
En usage externe, l'urtication était considérée comme révulsif par les Anciens (comme les piqûres d'abeilles): ainsi, les soldats romains en garnison dans la froide Albion se flagellaient avec les orties pour se réchauffer et activer leur circulation sanguine!!


Les recettes de cuisine


UNE CONSOMMATION EXCESSIVE D'ORTIE PEUT ARRÊTER LA MICTION, voire même faire apparaitre du sang dans les urines.
- Beaucoup de personnes sont réticentes à manger l'ortie à cause de sa réputation urticante*. Pourtant, vous n'avez pas d'appréhension à avoir: choisir un lieu sans pollution (pas de routes, pas de champs traités avec des pesticides à proximité), cueillir les orties aux tiges tendres et aux feuilles jeunes (par exemple, les six feuilles terminales) avec des gants (ou tenez-les par le haut et coupez dessous avec des ciseaux), séparer les feuilles des tiges, laver les feuilles et enfin les ébouillanter rapidement pour détruire la substance urticante à 85° (passer l'eau très chaude du robinet dessus suffit) et cela renforce leur couleur verte. Mais, si vous les laissez trop longtemps, elles perdent leur belle couleur vertes, leurs sels minéraux et la vitamine C. Et enfin, découvrez leur DOUCE (et oui DOOOOUCE!) saveur quand vous ajouterez ces feuilles aux tartines beurées, aux salades de pomme de terre, aux omelettes, aux farces (raviolis), aux oeufs, à diverses garnitures (en mélange avec des oignons).
- Fraîches, on les boit en tisane car elles n'ont plus de saveur une fois séchées.
- Bouillies (mais pas trop longtemps pour les raisons expliquées ci-dessus) puis passées à l'eau fraîche, pressées et assaisonnée (éventuellement réduites en purée), les feuilles s'utilisent comme les épinards (avec un goût plus épicé et moins acide) ou sous forme de pesto. Mais,comme elles sont un peu sèches, prévoyez une sauce d'accompagnement (sauce blanche, par exemple). N'utilisez pas les feuilles trop âgées qui ont un désagréable goût de poisson. La soupe d'ortie est un régal.
- Un lit d'orties permet de conserver les poissons attrapés sur les lieux de pêche. De la même manière, il l'accompagne aussi excellemment lorsqu'on le cuisine. Elles ont un goût assez doux de noix.
- Les graines séchées ou grillées s'utilisent comme le sésame (dans le pain; cuites à la poêle avec de l'huile).
- Sachez que l'ortie ne pique pas si on l'écrase au rouleau à patisserie, si on le hache finement ou si on le mixe.
- Un dernier conseil! Si vous avez des invités, attendez qu'ils aient mangés votre plat et qu'ils vous aient complimenté(e) pour leur révéler qu'il s'agit d'orties. Ce sera, pour vous, un souvenir inoubliable que de lire la surprise (ou l'effarement?)sur le visage de vos hôtes!
* Pour épater leurs amis, certaines personnes enroulent savamment la feuille fraîche d'ortie sur elle même pour écraser les poils urticants et l'avale! Mais, nous vous recommandons de ne pas tenter cette expérience!!

POTAGE AUX ORTIES:
Faire dorer des lardons dans l'huile; puis les saupoudrer de farine pour faire un roux en remuant l'ensemble. Verser un quart de litre de bouillon en fouettant pour éviter les grumeaux. Porter à l'ébullition. Ajouter les feuilles d'ortie finement hachées. Laisser bouillir doucement 10 minutes. Incorporer un verre de crème fraiche, du sel, du poivre. Servir chaud, avec du gruyère râpée.

CRÊPES AUX ORTIES:
Même recette que pour les crêpes aux fleurs (voir fiche "cucurbitacées).

CONSERVATION DES FEUILLES PAR CONGÉLATION:
Faites les blanchir, par petites quantités, dans une grande casserole d'eau bouillante pendant une minute ; récupérez-les à l'aide d'une écumoire et plongez-les aussitôt dans de l?eau glacée ; laissez-les bien égoutter et refroidir, ensuite congelez-les.
Toutes les informations culinaires ou phytothérapeutiques ne sont données qu'à titre indicatif.
Merci de consulter un professionnel de la santé avant toute utilisation.