L'Écotourisme en Gironde

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Pin maritime

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Nom commun : 

Pin maritime

Nom latin : 

PINUS PINASTER

Autres noms : 

pinus maritima, pin des Landes, pin de Bordeaux, pin de Corte, pinastre, pin à trochets.

Famille : 

Pinacées

Taille : 

De 20 à 30 m de haut (40 m parfois), sa croissance est rapide: il atteint 6 m en 20 ans!

Description


La photographie centrale représente l'un des pins maritimes de notre jardin de la biodiversité de Mérignac, issue de la plantation d'une graine (pignon doux) en 1994. Lors de nos sorties découvertes dans la nature en Gironde, nous le rencontrons à chaque fois tellement il est omniprésent dans notre région. Nous apprécions particulièrement son vert profond, sa silhouette dégingandée et la chanson improvisé du vent dans sa harpe feuillée bruissante.
Pour les Grecs, le pin résulte de la métamorphose d'une jeune nymphe Pitys, plus intéressée par Pan que par Borée (dieu du vent du nord). Ce dernier, éconduit et jaloux, souffla avec une telle fureur que Pitys tomba d'une falaise. Pan (dieu des bergers) la découvrit agonisante et la transforma en pin maritime (ou en pin noir). Pour les Taoïstes, il reste le gardien du feu éternel, celui qui renait de la flamme céleste. Pour les Iroquois, il est le guetteur du ciel. Il existe environ 120 espèces de pin dans le monde. En France, parmi la quarantaine de pins, huit seulement sont indigènes: le pin sylvestre, le pin parasol, le pin laricio (ou de Corse ou pin noir), le pin d'Alep, le pin à crochet, le pin mugo, l'arole et le pin maritime que nous allons maintenant présenter en détail. Auparavant, signalons que plusieurs lieux et personnages portent des noms dérivés du mot pin: Pinay, La Pinardière, Pignède, Le Pin Galant, Le Pin sec...

En France, le pin maritime se rencontre sous deux/trois variétés différentes. Le pin maritime atlantique Pinus pinaster ssp. atlantica croît spontanément dans le Sud-Ouest et dans la péninsule ibérique. Alors qu'il s'agit d'une autre sous-espèce appelée pin maritime mésogéen Pinus pinaster ssp. pinaster (ou Pinus mesogeensis), au fût plus droit et aux aiguilles (et cônes) plus longues, moins exigeant sur le degré hygrométrique, qui pousse en région méditerranéenne. Enfin, certains considèrent une variante du mésogéen en Corse (tronc très droit; aiguilles fines).
Il occupe plus de 10% de la surface boisée de notre pays: Landes et Gironde (80% des pins aquitains à eux deux), Sologne, Charente, Cévennes, côte méditerranéenne, Bretagne.… Il est cultivé à grande échelle en Afrique du Sud.
Le pin maritime adulte est facilement identifiable par son écorce rouge violacé, épaisse, profondément fissurée, ses aiguilles groupées par deux rigides, piquantes et TRÈS longues (les plus longues de nos pins indigènes: 10 à 20 cm). Chez les jeunes sujets, l'’écorce est grise et le port plutôt pyramidal. Puis, en vieillissant, le tronc devient flexueux avec une écorce brun violet (rougeâtre vers l'’intérieur, visible quand elle est décapée). Coupé, il ne rejette pas.
Âgé, il ne garde guère que les branches du houppier qui s’'étale irrégulièrement en perdant de leur compacité. Avant de s’'étendre horizontalement, le système racinaire est d’'abord pivotant dans les terrains profonds. Mais, ce n'‘est pas le cas en Aquitaine à cause de la couche d‘'alios imperméable qui se trouve proche de la surface du sol. Aussi, est-il facilement déraciné lors des tempêtes d’'autant plus que l’'instabilité est aggravée du fait que cet arbre a un centre de gravité très haut et décentré par rapport à sa base.
La floraison survient en avril-mai: les fleurs femelles (rouge-violet) sont minuscules. Les fleurs mâles (jaune-clair) libèrent du pollen (peu allergisant) en grande quantité (« pluie de soufre »): c’'est bien visible lorsqu'’il se dépose à la surface de l’'eau (après une pluie, par exemple) ou en secouant les branches (nuage de « poussière » jaune). Les cônes, d'‘un brun rougeâtre, souvent par groupes de 2 à 3, sont presque sessiles, à la fois fins et gros (10-18 cm de long sur 5-8 cm de large lorsque les écailles sont bien serrées les unes contre les autres). Ils mettent trois ans pou mûrir. Roux luisants, ils portent des écussons pyramidaux et saillants. En s’'ouvrant lors des fortes chaleurs, ils libèrent des graines noires, de 8-10 mm, longuement ailées et ovoïdes, noires d'un côté et gris marbré sur l'autre face. La pomme de pin s'ouvre par beau temps et elle se referme lorsque l'humidité est déjà là. Avec son corps associé à d'autres matériaux végétaux, on bricole un véritable bestiaire. La "pigne" est chargé de divers symbolismes. Fichée à l'extrémité d'une tige de férule commune, elle constitue le thyrse de Bacchus ou de Dionysos. Elle est aussi l'attribut de Cybèle, la déesse de la fécondité. Vue par dessous, la double spirale des écailles (recroquevillée sur elle même) représente la permanence et l'inconstance, la vie et la mort.
Les principales exigences de cette espèce sont:
- calcifuge caractérisé (et donc acidophile: il réussit sur le sable siliceux et le granit),
- très exigeant pour la pleine lumière et la chaleur (donc climat plutôt doux: il succombe à un froid brutal à - 20° et il n'a pas supporté le terrible hiver de 1879-1880 avec la destruction de 80000 ha en Sologne où il avait été introduit en 1780); de même, le terrible froid de février 1956 sur la Côte d'azur (- 17°);
- pluviométrie d'au moins 600 mm par an, assez bonne résistance à la sécheresse estivale.
Dans les forêts de pins, les amateurs de champignons y trouveront leur bonheur avec des champignons comestibles (l'excellent cèpe jaune Suillus luteus,la russule décolorée, la russule feuille morte à l'odeur d'écrevisse cuite, les lactaires délicieux et sanguin), certains de qualité médiocre (le cèpe jaune des pins ou bolet granulé Suillus granulatus pouvant provoquer des coliques) et d'autres potentiellement dangereux (le bidaou ou trichholome equestre). Les ennemis du pin maritime sont justement surtout des champignons (formès ou polypore du pin Heterobasidion annosum au dessus rouge-brun et au dessous blanc, armillaire, pourriture rouge Phellinus pini en forme d'épaulette brun foncé, diverses rouilles comme le spectaculaire balai de sorcière Melampsorella caryophyllacearum qui provoque localement un foisonnement des branches) et des insectes (chenilles des processionnaires du pin dont on remarque les impressionnants défilés au sol vers fin février-mars, scolytes, hylobe, pyrale du tronc, mineuse des bourgeons). Pour plus de détails, nous vous encourageons à lire la revue "Folia Brassicae" (septembre 2011 N° 39; décembre 2011 N° 40) de l"Association OÏKOS (Jardin botanique de Bordeaux), ainsi que la revue La Hulotte n° 38 (l'ips typographe). Les pins mésogéens de la Côte d'Azur ont subi des attaques de parasites tellement importantes qu'on envisage leur remplacement par d'autres espèces d'arbres plus résistantes.
Aux ravages précédents s'ajoutent ceux des incendies. De 1942 à 1949, 40000 ha ont disparu dans les Landes et en Gironde: 82 pompiers ont péri en une seule journée le 20 août 1949. De 1935 à 1955, 57% des forêts du Var a été dévoré par le feu.
Le pin maritime peut vivre au maximum 200 ans, mais il est exploité à un âge peu avancé (vers 40-60 ans surtout, voir 80 ans au maximum). Son bois, dur, assez lourd (densité: 0,6 à 0,7), de qualité médiocre (grain grossier), est composé d'un aubier blanc et d'un coeur rouge. Il est résistant à la compression, mais peu nerveux et peu souple, cassant du fait sa teneur en résine. Et la forme flexueuse du tronc interdit de débiter de longues planches. Il a été employé pour fabriquer des charpentes et les pinasses (racine "pin") du bassin d'Arcachon. De toutes les plantes européennes, c'est la plus résineuse et donc le meilleur producteur de résine. Vues en coupe, les canaux résinifères, très gros et nombreux, sont bien visibles à l'oeil nu (traits rougeâtres). La résine est formée de 80% de colophane et de 20% d'essence de térébenthine. Planté industriellement en Aquitaine vers 1860 pour assainir les marais et fixer les dunes tout en valorisant un sol pauvre, il n'est désormais plus exploité pour sa résine (concurrence des produits issus du pétrole). Malgré la compétition étrangère (Scandinavie, Sibérie), on exploite encore son bois (au centre rouge) en fonction de sa grosseur et de sa qualité:
- le meilleur sert de bois d’œ'oeuvre (charpente, caissage, contreplaqué),
- le bois d’'industrie (provenant des ’éclaircies, des cimes et celui présentant des défauts) est trituré pour fabriquer du papier (usine de Facture) ou des panneaux de particules. C’'est la principale matière première pour ces deux utilisations. Ce résineux produit 8 m3 de bois/ha/an.
Quand on s’'en sert comme bois de chauffage, il faut absolument enlever l’'écorce pour supprimer sa forte odeur de résine lors de la combustion. Cette écorce est recyclée comme paillage dans les massifs des jardins, notamment pour les plantes acidophiles (bruyères).
Lors de nos stages, le pin maritime est l'une de nos plantes préférées pour initier les participants à la dendrochronologie.

HISTOIRE DU REBOISEMENT DE L'AQUITAINE.
Au VIIIe siècle, au retour de son expédition contre les Sarrasins d'Espagne, Charlemagne fut frappé du danger que couraient les villages landais de la côte atlantique. Il employa beaucoup d'hommes et d'argent pour les protéger. En vain.
Le véritable inventeur du procédé de fixation des sables par les pins fut Desbiey: le 25 août 1774, il rendit compte à l'Académie de bordeaux des heureux essais qu'il avait expérimentés.
En 1786, N.T. Brémontier (ingénieur des Ponts-et-Chaussées de Bordeaux) commença les plantations pour fixer les dunes littorales. Cette opération se termina en 1861. A partir de 1850 (et jusqu'en 1880), Chambrelent repris la même idée pour l'arrière-pays. Actuellement, le massif aquitain couvre 800000 ha (dont 100000 ha de peuplements naturels).
Des opérations identiques ont permis de repeupler des zones déshéritées en Charente-Maritime, en Vendée et dans le sud de la Bretagne. C'est le plus répandus des résineux bretons.

LA FORET LANDAISE AUJOURD'HUI.
Elle couvre près de 1,2 millions d'hectares (dont 900000 ha de pins maritimes), occupant 41% de la superficie de trois départements: Gironde, Landes et Lot-et-Garonne. 94% appartient à des propriétaires privés. La forêt est publique (O.N.F.) surtout près du littoral.
Pour l'entretien de la forêt, le débardage et la lutte contre les incendies, deux types de pare-feux ont été crées:
- des pistes classiques de 12 m de large entre les deux fossés de part et d'autre pour une trouée de largeur totale de 20 m;
- des demi-pistes de 6m de large (avec un seul fossé) pour une ouverture de 12 m de largeur.
Les anciens pare-feux de 50 à 100 m de large sont abandonnées (problèmes d'entretien). Le compartimentage idéal est le suivant: pistes stabilisées (graves ou calcaires) dégageant des parcelles de 200 ha, elles mêmes subdivisées en sous-parcelles de 25 à 40 ha par des pistes de terre. Un réseau de fossés assurent l'écoulement des eaux, notamment pour désengorger les zones à molinies.
Le sol est préparé d'abord par un labourage en bandes ou en totalité (charrue, disque lourd), puis un affinage (rouleau landais, pulvérisateur, avec une fertilisation (150 à 450 kg de phosphates naturels/ha)). Pour les semis (entre février et mai), on distribue 2-4 kg de graines/ha. Les graines, améliorées par l'I.N.R.A. depuis 1960, sont certifiées produites sur des parcelles classées par la D.R.A.F. (étiquette verte: les vergers à graines (dans notre département girondin, il se trouve à Cabanac) en produisent environ une tonne par an). Pour les plantations (entre novembre et mars), 1000 à 1500 plants sur des lignes parallèles espacées de 3,5 à 4,5 m. L'entretien du boisement comprend plusieurs éclaircies: premier dépressage vers 2 - 3 ans avec élimination de la végétation concurrente (dégagement) suivi éventuellement vers 3 - 4 ans d'un regonflage (intervention dans l'interligne avec apport d'engrais), première éclaircie avec élagage sur 5 à 6 m de haut (pour avoir des troncs sans noeuds) vers 10 - 12 ans, puis vers 16 à 18 ans, ensuite vers 22 - 25 ans et enfin 28 - 32 ans. La coupe rase, point final du cycle forestier, est effectuée vers 40 - 50 ans: les pins actuellement abattus ont été plantés à une époque où l'homme effectuait ses premiers pas sur la Lune! L'abattage est réalisé à la tronçonneuse ou par des machines combinées (abatteuse + ébrancheuse + billonneuse). En observant les tas de bois en bordure des pistes forestières, vous avez pu constater qu'il n'y a pas de longues grumes, mais des billons de 2 m à 3 m de long en général. L'association d'une remorque, d'un grappin hydraulique et d'un tracteur forestier permet le débardage. Un camion grumier de 40 à 50 stères acheminera ensuite les billons vers les usines de transformation. Les diamètres supérieurs à 18 cm sont destinés au sciage et au déroulage (Labouheyre); bois de trituration inférieur à 14 cm servira à la confection de panneaux de particules (Linxe, Rion-des-Landes, Saint Vincent-de-Tyrosse), de panneaux de fibres (Morcenx, Casteljaloux) et de papiers/cartons (Facture, Mimizan, Tartas, Condat). Pour les caisses et les palettes, on utilise des diamètres de 14 à 20 cm. La coupe rase est aussi un acte de renaissance: le début d'un nouveau cycle.
Les autres feuillus sont: le chêne pédonculé pour la biodiversité et le plaisir du public (34 000 ha), le faux-acacia pour fixer les pentes des berges des rivières (7 000 ha), l'aulne glutineux dans les terrains marécageux et acides ne convenant pas au peuplier (7 000 ha), le peuplier près des vallées de l'Adour et de la Garonne (12 000 ha; coupe rase vers 15 - 20 ans). Le sous-bois est constitué de callune, de bruyère cendrée et de chêne tauzin sur sol sec; de fougère, d'ajonc, de genêt et de brande sur les terrains mésophiles; de molinie, d'ajonc nain, de bruyère ciliée et de bruyère à quatre angles en sol humide.
Les principaux ennemis de la forêt landaise sont les insectes (chenilles processionnaires, surtout après des hivers rudes: attaque de 1990; les scolytes, surtout après les tempêtes et la sécheresse), les chevreuils (cheptel de 100000 têtes! 8000 prises par an), les champignons (maladie du rond due à l'armillaire à la base du tronc et sur les racines, la rouille courbeuse qui déforme les rameaux, la pourriture alvéolaire due au tramète qui s'attaque aux pins de plus de 60 ans), les tempêtes (1976, 1984, 1990, Martin 31/12/1999, Klauss 23-24/1/2009, Xynthia 27-28/12/2010), le gel (en janvier 1985, 50000 ha de pins d'origine ibérique ont été décimés), la grêle (catastrophiques pour les jeunes semis), la sécheresse estivale (depuis 1985), la foudre (départ d'incendie, foyer d'armillaire) et les risques humains dont le feu et les défrichements (autoroutes, lotissements, lignes THT). Tous les propriétaires fonciers participent financièrement au fonctionnement des Associations syndicales de Défense des Forêts contre l'Incendie (D.F.C.I.). Rien qu'en Gironde il y a près de 700 points d'eau, 22 tours de guet, plus de 400 pompiers professionnels forestiers (+ les volontaires) et 3500 km de pistes. Comme aucune assurance ne veut assurer le risque incendie, le Syndicat des Sylviculteurs du Sud-Ouest a crée sa propre mutuelle.

LE GEMMAGE.
"Sans regretter son sang qui coule goutte à goutte, le pin (…...) se tient toujours droit sur le bord de la route comme un soldat blessé qui veut mourir debout". (Théophile Gautier)
Le coeur de notre commune (Mérignac) porte encore dans ses bois urbains (Le Burck, le Parc du Château) les stigmates de cette activité sur les plus vieux exemplaires de pin maritime. Ces plaies refermées racontent une histoire: celle des gemmeurs qui contribuèrent à la prospérité de notre région aquitaine. C'est en 1978 qu'est recensé, à Beutre, le dernier résinier de Mérignac.
Le poète latin bordelais Ausone révélait déjà que les habitants de la Teste s'appelaient "piceos" c'est-à-dire producteurs de poix. Le gemmage est une technique qui consiste à blesser l'écorce du pin pour en récolter la térébenthine, une oléorésine contenue aussi dans les bourgeons. Peut-être cette découverte est-elle accidentelle après avoir observé que le frottis de la ramure d'un cerf avait blessé un arbre? Les gemmeurs réalisent le même genre de blessure (pique). Le calendrier des opérations est rigoureusement réglementé par l'administration, dans le souci de ménager les arbres et d'optimiser la production. Le pelage est interdit avant le 10 février, afin d'éviter que les pins ne soient vulnérables en période de gel. Le gemmage est autorisé du 1er mars au 15 octobre. La récolte du barras ne doit pas durer au-delà du 31 décembre. A la base des pins (de 30 à 40 cm de diamètre car ils doivent atteindre un mètre de circonférence à hauteur d'homme ou à 1,50 m de haut selon d'autres versions), le gemmier (ou résinier) enlève l'écorce à l'endroit où il ouvrira la plaie (carre ou quarre) de 10x3 cm dans l'aubier, sur moins d'un centimètre de profondeur, avec un hapchot (petite hache au tranchant courbé). L'arbre réagit en secrétant une substance collante qui lui permet de s'autoguérir. La térébenthine est produite par des canaux résinifères, alors que la sève circule dans le xylème (vaisseaux actifs de l'aubier). Comme la térébenthine se solidifie progressivement, à intervalles réguliers (toutes les semaines), il faut renouveler plusieurs fois les blessures (ces entailles successives s'appellent des piques) en les remontant sur le tronc. La carre finit par atteindre 3 à 4 m de haut (pour moins de 10 cm de large), d'où l'utilité d'une pseudo-échelle appelée "pitey" (en fait, une simple perche à crans comme celle qu'utilise les poules pour accéder au poulailler perché de nos airials). Les dimensions et la profondeur des cares sont l'objet d'une stricte réglementation. Quand la carre atteint une hauteur inaccessible (au bout de 5 ans environ), le résinier la délaisse et il ouvre une seconde carre à 5 - 6 cm de la précédente. Et ainsi de suite , en tournant autour de l'arbre: cela peut durer jusqu'à 120 ans. Les pins gemmés à mort présentent jusqu'à 5 - 6 pelages. Le résinier traite 300 pins par jour, en suivant un chemin connu de lui seul (l'arrouille) qu'il parcourt à pied. Au passage, il débroussaille le sous-bois: il est le meilleur défenseur de la forêt, d'autant lus qu'il vit sur place dans une cabane sommaire et isolée, près d'un puits: il peut donc réagir dès le début d'un incendie. Quand les pots sont pleins, ils sont vidés dans un seau de bois: l'escouarte. C'est souvent la femme du résinier qui se charge de cette opération appelée amasse. Elle ramasse et vend pignes et galips/ gemmelles (copeaux de gemmage). L'escouarte est ensuite versée dans une barrique. Vers le mois d'octobre, a lieu la dernière récolte de résine: le barrasquage. Pour cela, le résinier racle la résine durcie autour de la care (le barras), la recueille sur une grande toile, puis la porte dans une barrique où elle est mélangée à la résine molle. La récolte est cachée comme un trésor dans une fosse cimentée (le bark), soigneusement caché sous des brandes et des aiguilles de pins. A la fin de la saison, la production de l'année est portée par un attelage de mules ou de boeufs vers l'usine la plus proche ou vers une coopérative. De février à novembre, un gemmeur traitait jusqu'à 7000 pins dans différentes parcelles, récoltant quelques 15 000 litres de résine.
Du XIIIe au XIXe siècle, dans le "gemmage au crot", la térébenthine s'écoule directement dans un trou (le crot) creusé au pied du pin. Naturellement, même en tapissant le fond de la dépression de mousse, la térébenthine était souillée d'impuretés. Vers 1850, un bordelais (Pierre Hugues) eut l'idée de placer un pot en terre cuite vernissé (retenu par dessous par un clou), juste sous la blessure. Une lame de zinc (crampon) placée au niveau supérieure de l'ouverture du pot permet de recueillir la térébenthine. Ce pot est remonté sur le tronc chaque année pour suivre l'agrandissement de la carre. A partir des années 1940 et jusqu'à la disparition de l'activité de gemmage dans les années 60, le gemmage à l'activée (importé des U.S.A.) fut pratiquée: de l'acide sulfurique est pulvérisé sur la carre pour retarder sa cicatrisation. Cette pratique augmentait le rendement car l'arbre ne cicatrisait plus sa blessure et il produisait en permanence. Cela nuisait au bois de l'arbre, aux cigales et aux écureuils. Si le gemmage devait reprendre un jour (car on recherche maintenant des produits de substitution non cancérigènes aux produits pétroliers), il s'effectuerait en vase clos (pochette en plastique). En 1920, le pin des Landes produisaient 178 millions de litres de résine brute; en 1980, 30 millions de litres. Un arbre fournit 2 - 3 kg de produit brut par saison (4 - 6 kg au mieux).
Au XIXe siècle, le gemmeur suscitait tellement d'admiration pour ses qualités d'acrobate que certains savants, sous le Premier empire, supposèrent qu'on avait affaire à un spécimen intermédiaire entre l'homme et le singe: le quadrumane, muni d'un pouce opposable aux autres doigts! Il fallut envoyer une mission scientifique pour rétablir nos gemmeurs dans leur entière humanité (voir Bory de St Vincent, cité par Jacques Sargos "Histoire de la forêt landaise"). Son travail était pénible, mais exercé sans maître, ni contrainte, au coeur de la forêt.
Les causes de la fin de cette activité sont: l'ouverture brutale du marché français à la concurrence étrangère (Portugal, Espagne, Grèce) et les produits synthétiques obtenus à bas coût à partir du pétrole (White Spirit).
A partir de la térébenthine, on tirait par distillation l'essence de térébenthine (20 à 30% de la térébenthine; riche en pinène; pour la vie domestique et l'industrie) et surtout de la colophane ou ou brai sec ou résine, résidu de la distillation, résine jaunâtre ou brunâtre, d'un éclat vitreux (70 à 80 % de la térébenthine; pour les encres, les savons, les matières plastiques, les colles*, le glaçage du papier et des archets de violon). On obtenait aussi du 60 à 70 kg de goudron végétal par distillation d'un mètre cube de bois de qualité médiocre (ou sa combustion lente). Entre 1870 et 1960, Mérignac avait trois distilleries: les usines "Grasset et Brochet", "Agostini" et "Dupouy-Coucharrière". les goudrons, en revanche, relevait d'une autre technique: la pyrogénation en vase clos des bois morts imprégnés de résine (Le Porge, Beliet). En soumettant à une forte cuisson divers déchets enduits de résine, on obtenait aussi de la poix noire ou brai gras qui servait au calfatage des bateaux.
Pour les curieux! Des pins-bouteilles sont visibles dans la forêt usagère de La Teste (Gironde): ils ont été gemmés à mort (= plusieurs carres ouvertes simultanément) sur toute leur circonférence (jusqu'à 40 carres!) et ils n'ont jamais été abattus. Ils ont formé d'énormes bourrelets cicatriciels qui leur donne l'air renflé d'une bouteille! Car les bandes d'écorce non entaillées (ourles, bourrelets) s'accroissent et recouvrent peu à peu les carres abandonnées.

AUTRES PINS:
Les autres pins les plus courants en France sont: le pin parasol, le pin sylvestre, le pin noir d'Autriche (longues aiguilles serrées gainées par deux, grosses branches, large cime épaisse et à feuillage vert sombre, tronc droit), le pin à crochets (car les écussons des petits cônes dissymétriques sont munis de crochets tournés vers le bas), le pin d'Alep ou pin de Jérusalem (tronc grêle et tortueux, longues et fines aiguilles par deux, groupées en mèche de pinceau au bout des rameaux, cime aplatie aux touffes clairsemées, bois noueux; présent au Jardin botanique de Talence dans le parc de Peixotto avec des pins de Monterey), le pin laricio de Corse (du fait de sa ressemblance avec le mélèze: larix; 7000 ha en Aquitaine, dont 3100 ha dans les Pyrénées atlantiques; très bonne rectitude et grande longévité par rapport au pin maritime; sensible à la maladie des bandes rouges), le pin cembro ou arolle (notre seul pin indigène à cinq aiguilles). Dans la région bordelaise, deux sites à Talence abrite une belle collection de pins: vieux arbres au jardin botanique de Bordeaux 2 (au Parc Peixotto), jeunes arbres au pinetum (entre les arrêts de tram B "Doyen Brus" et "François Bordes", face au bâtiment 02).

Quelques faux amis: le pin de Briançon est le mélèze, le pin de l'Orégon est le Douglas et le pin pleureur l'épicéa. En pharmacie, on trouve des "bourgeons de pins" qui sont, en fait, des bourgeons de pin sylvestre.

* Pour obtenir une colle naturelle performante, il faut mélanger la résine (trop cassante) à la cire d'abeille (ou au brai de bouleau). En présence d'eau, la fusion de la colophane la transforme en résine jaune ou poix-résine. La poix blanche est le mastic fondu avec de l'eau et de la térébenthine (pour réparer les bateaux). La poix noire est le résultat de la carbonisation des divers résidus de fabrication. Le brai gras est un mélange de goudron et de poix noire (calfatage des coques de navire jadis).

Application en phytothérapie


ATTENTION! A partir d'une certaine dose, l'inhalation ou l'ingestion de térébenthine (ou de son essence) provoque une irritation du système nerveux central, surtout chez les enfants.
A très faible dose, la térébenthine est stimulante, antiseptique, expectorante, vermifuge, mais elle est néfaste aux reins. La résine soigne bien les blessures: de plus, sa propriété collante maintient en place les bords de la plaie, ce qui est pratique pour les parties du corps souvent sollicitées (main).


Les recettes de cuisine


Ses usages alimentaires ne se limitent pas aux bonbons médicinaux. Le résiné est un vin blanc parfumé à la résine de pin. En Grèce, la résine améliore la conservation des vins (retsina).
Les aiguilles de pin sont utilisées comme combustible dans plusieurs spécialités culinaires. Tout charentais connait ce parfum si particulier des éclades (moules à saveur de pinède car cuites sur des aiguilles enflammés).
Les jeunes pousses peuvent accompagner les salades, les sauces, les tisanes, le lait chaud et les desserts. On peut réaliser des sirops (voir la fiche "épicéa") ou en parfumer le ratafia.
Les jeunes inflorescences mâles (bien avant qu'elles s'ouvrent pour libérer le pollen) se broutent crues ou cuites.
Les jeunes cônes peuvent parfumer les boissons, y compris l'eau. Pour confectionner une "liqueur de pignes", mettre une quinzaine de très jeunes cônes dans un litre d'alcool de fruits. Quand il prend une couleur verte,ajouter du sucre à votre convenance.
Toutes les informations culinaires ou phytothérapeutiques ne sont données qu'à titre indicatif.
Merci de consulter un professionnel de la santé avant toute utilisation.